A l’initiative du Centre de recherche et de formation de Fann (Crcf) et de l’Anrs-Maladies infectieuses émergentes, un atelier scientifique réunit, durant trois jours à Saly, 50 chercheurs issus de 13 pays. Face à la persistance du dépistage tardif et des infections opportunistes, spécialistes seniors et jeunes chercheurs co-construisent de nouveaux projets de recherche axés sur le terrain pour éradiquer les stades avancés du Vih.

Par Alioune Badara CISS – Malgré les progrès considérables enregistrés dans la réponse globale au Vih, la prise en charge tardive des patients demeure une préoccupation majeure pour les acteurs de la santé. Pour apporter des réponses adaptées au contexte continental, 50 experts seniors et jeunes chercheurs venus de 13 pays d’Afrique et de France sont réunis à Saly dans le cadre d’un atelier de réflexion collective de trois jours, co-organisé par le Centre de recherche et de formation de Fann (Crcf, basé à Dakar) et l’action coordonnée Ac44 de l’Anrs.

L’objectif central de ce rendez-vous scientifique est de dresser un état des lieux et d’élaborer, au sein de quatre ateliers thématiques, de nouveaux projets de recherche axés sur les infections opportunistes. «A l’heure où l’on parle de l’élimination du Sida, nous continuons toujours de recevoir dans nos structures de santé, des personnes à un stade avancé. Ce n’est pas normal. Nous devons réfléchir ensemble pour apporter des solutions concrètes à ce problème», a déclaré la professeure Ndèye Coumba Touré Kane, microbiologiste à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) et coordonnatrice Sud de l’Anrs au Sénégal.

Transmission intergénérationnelle et ancrage territorial

Au-delà des stratégies thérapeutiques et de la prise en charge clinique, cet atelier met un accent particulier sur la transmission des compétences. Vingt jeunes chercheurs africains, sélectionnés à l’issue d’un processus rigoureux, intègrent directement les travaux de groupe pour assurer la relève scientifique sur le continent. «L’enjeu d’une telle rencontre est de réunir en un même lieu les différents acteurs qui mèneront ces travaux, tout en favorisant les échanges entre experts seniors et jeunes chercheurs qui porteront ces projets demain», a souligné le professeur Maximien Hentzien, infectiologue au Chu de Reims et co-président de l’Ac44.

Il a également rappelé que cette diversité géographique permet d’adapter la recherche clinique aux réalités du terrain : «Il existe des différences importantes dans les manifestations du Vih selon les pays. Ce cadre nous permet de confronter ces observations et de construire des projets ancrés dans la pratique quotidienne des structures de santé.»

Le Sénégal, pionnier de la recherche et de la gratuité des soins

Bien que l’épidémie y demeure concentrée, le Sénégal enregistre une baisse continue de sa prévalence et bénéficie d’une solide tradition d’innovation en santé publique. Celle-ci s’est illustrée dès 1998 avec l’Initiative sénégalaise d’accès aux antirétroviraux (Isaarv), puis en 2003 avec la gratuité des traitements -une stratégie ensuite généralisée à l’échelle continentale par l’Oms en 2005. «Grâce à sa recherche, le Sénégal a démontré la faisabilité, l’efficacité et la gestion optimale de ces traitements. C’est cette dynamique scientifique qui nous permet de rester à la pointe», a rappelé Pr Ndèye Coumba Touré Kane.

Les participants entendent s’appuyer sur ces acquis pour renforcer l’ensemble du système de santé local, tout en maintenant un ciblage prioritaire sur les jeunes âgés de 15 à 24 ans et sur l’observance du traitement à vie. «Le Vih agit comme une véritable locomotive : le renforcement des compétences des prestataires et des capacités diagnostiques bénéficiera à l’ensemble du système de santé et à toute la population», a conclu la coordonnatrice Sud de l’Anrs.

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