A l’ouverture de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (Cadhp) au King Fahd Palace de Dakar, le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, représentant le Président Bassirou Diomaye Faye, a appelé à dépasser les simples déclarations de principes. Face aux crises sécuritaires, climatiques et démocratiques, le Sénégal exhorte les Etats africains à concrétiser les engagements pris il y a quarante ans.
Par Justin GOMIS – Quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples (Cadhp) en octobre 1986, Dakar a réaffirmé son rôle de berceau du Droit continental. C’est dans la capitale sénégalaise -où le juge Kéba Mbaye et le Président Léopold Sédar Senghor jetèrent en 1979 les bases du texte fondateur de la protection de la dignité humaine en Afrique- que s’est ouverte, ce lundi, la 89e
session ordinaire de la
commission.
Porteur du message du chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, le ministre de la Justice, Garde des sceaux, Me Moussa Sarr, a souligné la portée historique de cette rencontre qui coïncide avec les 45 ans de l’adoption de la Charte à Nairobi. Mais au-delà de la commémoration, le message du Sénégal se veut pragmatique : «Un système de protection ne se mesure pas au nombre de ses textes ou de ses sessions. Il se mesure à ce qu’il change concrètement dans la vie des personnes.»
Un héritage à l’épreuve des crises globales
Dans un contexte international marqué par la remise en cause du multilatéralisme, les pressions subies par la Cour pénale internationale et l’instabilité sécuritaire au Sahel, le Garde des sceaux a rappelé que l’Afrique ne pourra concrétiser l’Agenda 2063 sans s’ancrer fermement dans ses propres valeurs. Invoquant l’héritage de la Charte du Mandé du XIIIe siècle et la révolution démocratique de Thierno Souleymane Baal au Fouta Toro au XVIIIe siècle, Me Moussa Sarr a rappelé qu’en Afrique, «il n’y a pas de droits de l’Homme sans un pouvoir qui rend des comptes».
Les cinq priorités de Dakar
Pour faire vivre le Droit face aux défis contemporains, le gouvernement sénégalais a soumis cinq axes majeurs aux réflexions des commissaires et délégués présents : l’application effective des décisions pour renforcer le dialogue constructif entre les Etats et la Cadhp, et inciter les juges nationaux à s’approprier la jurisprudence africaine ; la protection de l’espace civique pour garantir la liberté d’expression et l’indépendance des Organisations de la société civile (Osc) et des institutions nationales des droits de l’Homme. Il faut y ajouter la justice sociale et la jeunesse pour faire prévaloir l’indivisibilité des droits sociaux et économiques. A ce titre, le ministre a donné rendez-vous à la jeunesse africaine pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj) prévus à Dakar à partir du 31 octobre. Alors que l’indépendance de la Justice est présentée comme le socle de la lutte contre l’impunité, illustrée au Sénégal par la tenue des récentes Assises de la Justice. Enfin, l’anticipation des défis émergents permettra d’adapter les régulations aux enjeux de l’Intelligence artificielle, du changement climatique -facteur d’instabilité au Sahel- et de l’apatridie.
Pour la diplomatie sénégalaise, ces priorités doivent se traduire par un apprentissage de la charte dès le milieu scolaire et par sa vulgarisation dans les langues nationales. «A la génération qui nous a précédés revient le mérite d’avoir construit la norme. A la nôtre revient le devoir de faire vivre le Droit», a conclu le ministre avant de déclarer ouverts les travaux de cette 89e session.
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