Le Directeur général du Réseau gazier du Sénégal, structure chargée de donner vie au circuit de pipelines domestiques du Sénégal pour acheminer le gaz, était à la pêche d’investisseurs au Cap. Dans une des sessions inaugurales de l’Africa Energy Week 2026, il aura joué sa partition dans l’ambition du Sénégal d’attirer les investisseurs et opérateurs dans ce mégaprojet qui vise à réduire la facture d’électricité dans notre pays. A la suite de son exposé et de sa participation à une table ronde, Pape Momar Lô a échangé avec Le Quotidien pour donner un état des lieux du futur réseau de gazoducs du Sénégal.

Vous avez présenté à l’Africa Energy Week 2026, les potentialités du Sénégal quant à l’installation d’un réseau gazier viable. Quel est l’état des lieux que vous pouvez nous faire sur l’intérêt des partenaires pour ce projet ?

Aujourd’hui, le Réseau gazier du Sénégal (Rgs) suscite beaucoup d’intérêt pour la plupart des investisseurs, des partenaires internationaux ou même les Epc, les entreprises en général. Depuis au moins deux ans, plusieurs entités sont quand même intéressées par ce que nous faisons, car elles comprennent l’importance de la réalisation de ce réseau pour la souveraineté énergétique du Sénégal. Je pense que le ministère et les autorités ont pu bien mettre en avant ces projets, mais aussi ils ont compris que cela aidera le pays dans son ensemble. Ils ont saisi que cela sera d’une grande aide dans tous les objectifs de ce projet, pour tout ce qui est de l’amélioration du secteur de l’énergie et de l’électricité, et la baisse du coût de l’électricité pour même investir dans d’autres secteurs.

Nous avons eu à présenter des projets du Rgs lors de l’African Investment Forum au Maroc, dans une deal room comme celle-ci. Nous avons eu à les exposer également à l’Offshore Technology Conference (Otc) à Houston, ainsi que dans plusieurs rencontres internationales. Nous avons vraiment des retours, et je peux dire aujourd’hui qu’on a une base de données d’environ une trentaine de compagnies, de sociétés internationales et nationales qui sont intéressées. Elles sont nombreuses à envoyer des lettres de manifestation d’intérêt. Cela suscite un fort intérêt à tous les niveaux. Différents modèles nous sont proposés, certains viennent pour financer, d’autres proposent des partenariats Ppp, d’autres encore pour un Bot (Build-operate-transfer). On a vraiment des offres de tous les horizons. Il y a des sociétés chinoises, turques, françaises, nigériennes, sénégalaises et américaines qui se manifestent.

Dans votre intervention, vous avez dit que l’objectif ultime avec le Rgs, c’est vraiment la baisse de la facture d’électricité. Est-ce que tout l’écosystème de l’énergie au Sénégal, avec l’aide du régulateur (Crse), est en train de jouer sa partition pour cet agenda ?

Oui, tout à fait. Sur ce point, je pense que si toutes les synergies n’étaient pas là, on n’aurait pas réussi le segment Nord. Ce dernier, aujourd’hui, est un exemple clair que si toutes ces synergies n’étaient pas rassemblées et mobilisées, on n’aurait pas pu signer le contrat, boucler le financement, lever les fonds, payer l’avance de démarrage, réceptionner les premiers pipelines, jusqu’à commencer la construction sur site dans le Nord. La synergie est essentielle parce que tout s’enchaîne et tout est lié.

Les prêteurs nous fournissent de l’argent sur la base de notre modèle financier. Ce modèle financier doit montrer que le projet est rentable. Et pour cela, nous nous sommes basés sur la tarification de la Crse. Donc, si la Crse ne nous avait pas fourni une formule de calcul du tarif qui permettait d’être viable, nous n’aurions pas un modèle financier positif et attractif qui rassure les bailleurs de fonds et les prêteurs. Le ministère des Finances et du budget a aussi appuyé, car s’il n’avait pas donné sa garantie, nous ne pourrions faire grand-chose. C’est une garantie qu’on a eue de l’Etat, ce sont eux qui ont emprunté cet argent et qui se sont mis comme garant, même s’ils ont rétrocédé par la suite au Rgs. Sans leur implication, nous n’aurions pas pu finaliser ce bouclage financier.

Bien évidemment, à côté des ministères, il y a eu le rôle du Comité technique. C’est ce Comité technique qui valide toutes les études, qui fait l’évaluation des ordres. Même pour la passation de marchés, c’est un comité technique mixte, il n’y a pas que le Rgs. Nous avons les gens du ministère, de Petrosen et de la Senelec notamment. On a toutes les parties prenantes du secteur énergétique qui sont impliquées et concernées par ce projet en amont et en aval. Tous se sont mobilisés, ils ont pu valider les études et on a pu faire une passation de marchés qui aujourd’hui a été approuvée par les organes de régulation comme l’Arcop et la Dcmp qui a immatriculé le marché, conformément aux règles de passation de marchés de notre manuel de procédures.

Vous aviez parlé tout à l’heure (hier) de l’accompagnement de l’Etat, notamment avec la garantie. Vous avez donné également, devant l’auditoire, des garanties solides de l’Etat du Sénégal aux partenaires afin de se joindre au projet. Nous reprenons vos mots, vous avez dit que le Sénégal est «open to business», mais avec le meilleur deal bénéfique aux diverses parties. Quelle structure de financement est donc priorisée actuellement dans le projet et quelle est la part d’engagement que l’Etat consentira ?

Bien évidemment, Je pense que le premier projet, comme je vous l’ai dit, le segment Nord, a quand même été à 100% soutenu par l’Etat. Ce sont des projets structurants dont il est question, de gros projets avec de gros budgets. On parle de 530 millions d’euros, ce qui est l’équivalent de plus de 400 milliards de nos francs. Il est sûr que si c’était «phasé», comme l’a fait le segment Nord, en une année, l’Etat pouvait le prendre en garantie. Mais en un coup, développer les trois segments, ça devient lourd pour l’Etat, même si c’est le besoin qu’on a aujourd’hui. Il faut que le réseau se fasse en entier pour pouvoir assurer l’amont, afin que la production de gaz qui va arriver puisse circuler. Cela permettra d’atteindre rapidement cet objectif de réduire le coût de l’électricité. Un investissement aussi lourd peut ne pas suivre le même schéma que le segment Nord. C’est-à-dire que l’Etat ne pourra pas garantir l’entièreté vu les conditions macroéconomiques aujourd’hui. Ce qu’on préconise, c’est que l’Etat nous accompagne toujours sur ce qui est down payment. Comme je l’ai expliqué, entre 10 et 15%, l’Etat sera toujours prêt à accompagner le Rgs. Après, c’est au Rgs de pouvoir trouver dans les mécanismes de project finance, de refinancement, par des formules de Bot ou de Ppp, quel est le meilleur deal pour l’Etat. C’est pour cela qu’on a dit qu’on est ouverts à notre niveau afin de voir quelle est la meilleure structuration.

C’est dans ce cadre qu’on a lancé un appel à manifestation d’intérêt officiel le 2 mai dernier, pour recevoir de toutes les entreprises qui sont intéressées par les réseaux de pipelines sénégalais, les solutions de financement qu’elles préconisent. On est dessus en ce moment et on pourra voir avec le ministère des Finances, parce qu’on travaille avec eux et leur Comité national de la dette publique. On leur ramènera toutes les propositions que nous avons reçues et on verra ce qui est mieux pour le Sénégal en termes d’endettement et même pour le Rgs. In fine, comme je dis, ce ne sera plus l’Etat qui s’endette, mais c’est plutôt la structure Rgs qui portera l’engagement.

Quelle est en ce moment la posture du Réseau gazier du Sénégal (Rgs) par rapport aux communautés impactées par le tracé du projet et les actions qui sont mises en place, aussi bien avec l’Etat que l’administration territoriale, pour une appropriation citoyenne et une conscientisation des populations sur ce projet ?

Il faut savoir que c’est un projet qu’on n’aurait pas pu aussi réussir sans l’accompagnement des communautés, parce que nous traversons plusieurs communautés. C’est un projet linéaire sur 40 kilomètres dans le cas du segment Nord, surtout offshore, qui traverse différentes communautés, plusieurs communes et même deux régions (Louga et Saint-Louis). Pour démarrer, nous avons d’abord fait un plan d’actions de réinstallation pour toutes les personnes qui sont impactées par ce projet, que ce soit en termes de terres ou de récoltes. Nous les rémunérons pour leurs dommages à la juste valeur de ce qu’ils sont en train de perdre. C’était le premier volet, pour lequel nous avons l’engagement des gouverneurs des deux régions et des préfets, avec lesquels on a des protocoles. Nous avons mis en place des groupes opérationnels qui sont sur le terrain aujourd’hui et qui travaillent auprès des populations afin de leur expliquer le projet d’abord, ensuite avoir leur adhésion, mais aussi s’assurer qu’il y a des moyens compensatoires adéquats.

Aujourd’hui, nous avons eu 100% d’acceptation du projet et des accords de conciliation qui ont été signés. 100% des gens qui ont été affectés ont été payés et ils sont satisfaits. Mais on ne s’arrête pas là. On a ce qu’on appelle aussi de l’accompagnement social pour remettre en place des moyens de subsistance. Nous allons accompagner toutes ces personnes et toutes ces communes qu’on traverse pour la réalisation d’activités et de projets. Nous sommes à l’écoute, on est toujours présents. Toutes les deux semaines, il y a une descente sur le terrain. Nous avons des points focaux qui sont là-bas. Au niveau des différentes préfectures, lorsque les personnes s’y rendent, elles auront l’information concernant le projet, et on a même un numéro vert sur lequel ils peuvent appeler pour parler à nos équipes responsables de tout ce qui est sauvegarde sociale et accompagnement social. Nous avons mis en place un numéro pour les plaintes avec une boîte de plaintes, si les gens ne sont pas contents. L’idée, c’est qu’à la fin, tout le monde soit satisfait, tout le monde comprenne. On ne peut pas le faire seul, donc on collabore avec eux.