Dans le silence feutré d’une galerie dakaroise, une octogénaire raconte, par le fil et l’aiguille, une vie tout entière vouée à la beauté et à la dévotion. Adja Bineta Oumah, que l’on connaît aussi sous le nom de Ndèye Mbaay, expose pour la première fois une collection née, non pas de l’ambition, mais du recueillement.
Brodeuse depuis l’enfance, elle fut d’abord celle qui parait les robes et les draps d’un supplément d’âme esthétique. Mais c’est dans le grand âge que son geste change de nature : de l’utile au sacré, de l’ornement à l’écriture. Sa retraite spirituelle, sa fréquentation assidue du Coran, l’empreinte de la pensée mystique de Mawlaya Cheikh Ahmed Tidiane Chérif et de son guide Cheikh Al Islam El Hadji Ibrahima Niass, tout cela s’imprime désormais dans ses fils colorés comme autant de témoignages d’une foi incarnée.
Les œuvres présentées ici — L’Abondance, Purification, La Passerelle, Kañum, Teeli, L’Incontournable, entre autres — dessinent les contours d’une calligraphie coranique inédite. Sur feutron, sur tissu, sur papier, l’artiste trace patiemment les quatre-vingt-dix-neuf Noms de Dieu, quadrillés avec une rigueur presque monacale, chaque case porteuse d’une couleur, chaque couleur porteuse d’une intention. Ailleurs, ce sont les éloges du Sceau des prophètes qui fleurissent en lettres arabes soulignées d’or et de pourpre.
Comme le souligne le commissaire de l’exposition, Serigne Ndiaye dit Sëriñ, cette œuvre tardive s’apparente à une seconde naissance : intime, émotionnelle, spirituelle. Répétition des signes, harmonie des points vides et des points pleins, cadence des lignes droites et courbes — Adja Bineta sait, selon ses propres mots rapportés par le professeur Ibrahima Wane, directeur artistique de l’exposition, qu’« écrire, c’est dessiner ».
Ainsi se dévoile, fil après fil, l’esthétique d’une spiritualité vécue : celle d’une femme qui, du temps, du silence et de la solitude, a fait naître une œuvre entière destinée à rendre grâce. « Le Fil de la Foi » n’est pas seulement une exposition. C’est la transmission, par le geste artisanal, d’un savoir-faire, d’une pédagogie et, par-dessus tout, d’une foi.
