Pendant 10 jours, le Service d’odontologie du Centre de santé de Vélingara a fermé ses portes, faute de personnel qualifié. La population de malades a, pendant tout ce temps, gardé sa rage de dent… contre les autorités sanitaires du pays.
Par Abdoulaye KAMARA – Du 7 au 19 avril courant, le Service d’odontologie du Centre de santé de Vélingara a fermé ses portes aux malades. La raison, «le seul chirurgien en poste est malade et le technicien supérieur en odontologie est en congé pour 10 jours», a informé le médecin-chef du district, le Dr Omar Sané. Conséquence, le centre a connu un ballet ininterrompu de malades, cherchant à calmer ou se débarrasser d’une dent qui empêche de dormir. Certains malades ont fait plus de 50 km pour rencontrer un spécialiste des soins dentaires. Tel Amadou Camara, venu du village de Patimcouta, à près de 60 km de là. Des «abonnés» aux maux de dents ont conseillé le malheureux Camara de prendre tel ou tel autre produit médicamenteux qui a pu calmer leur souffrance, un moment.
Combien étaient-ils les malades qui ne pouvaient ni comprendre ni tolérer cette situation conjoncturelle ? Dr Sané dit : «Le chirurgien est malade. Il est encore aux soins à Dakar. Le technicien supérieur n’a pas pris de congé depuis 2 ans. Il a droit à un congé annuel d’un mois. C’est moi qui l’ai supplié de prendre juste 10 jours.» La fermeture temporaire de ce service pose le problème de la disponibilité des spécialistes dans les zones périphériques du pays. «Le Centre de santé de Médina Gounass dispose d’un chirurgien-dentiste, sans technicien supérieur. C’est dire que pour les soins dentaires, tout le département de Vélingara, avec plus de 300 mille habitants, dispose de 3 spécialistes en soins dentaires (2 chirurgiens et 1 technicien supérieur). Malheureusement, il n’y a pas encore l’installation d’une clinique privée en soins dentaires.»
Aussi le Service d’odontologie du Centre de santé de la capitale départementale rejette-t-il des patients, tous les jours. Ce lundi 20 avril, jour de redémarrage des activités dans le service, Birame Sène, le technicien supérieur en odontologie, a enregistré, aux environs de 12 heures, 64 patients à consulter. Il dit : «Nous ne prenons pas de pause. Nous restons là jusqu’à 16 heures tous les jours ouvrables. Nous consultons et traitons près de 45 malades par jour. Aujourd’hui, nous risquons (avec son aide-soignant) d’être là jusqu’à 18 heures.» Il justifie : «J’aurais pu arrêter les enregistrements. Mais il est difficile de regarder un malade qui vient de très loin souffrir et lui demander de partir. Ce n’est pas faisable. Ailleurs, des collègues arrêtent le travail à 13 heures, avec moins de 30 malades en charge.»
Les populations du département enragent contre les autorités sanitaires du pays. «Vélingara n’a jamais constitué une priorité pour les gouvernements qui se sont succédé au Sénégal. Ce que Vélingara exige, c’est l’érection du centre de santé en hôpital de niveau 2. Cela va régler le problème de l’équipement et de la disponibilité d’un personnel relativement suffisant et qualifié», peut-on lire dans un panel départemental dénommé «Pole de convergences pour le développement du département de Vélingara» (Pcddv). Un panel né au lendemain de l’accident de la route des élèves du collège de Saré Coly Sallé dont certains ont perdu la vie au cours de leur évacuation vers les hôpitaux de Kolda ou Tambacounda. Décès causés, le plus souvent, par le retard mis dans la prise en charge sanitaire. Depuis, le pôle ne cesse de réclamer l’érection de ce centre de santé en hôpital de niveau 2.
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