Face aux soupçons de manque de transparence soulevés par l’opposition, le président de la Chambre basse, Malick Ndiaye, a vigoureusement défendu, lundi, la régularité du marché des véhicules de fonction. Entre rationalisation budgétaire et impératifs de terrain, il prône une «pédagogie de la vérité».
L’Hémicycle sénégalais est-il en proie à une nouvelle polémique sur son train de vie ? La question était au centre de la cérémonie de présentation des vœux de Nouvel An aux députés ce lundi 5 janvier 2026. Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a profité de cette tribune pour répondre point par point aux critiques acerbes formulées la veille par le député Thierno Alassane Sall.
Un marché «sous contrôle» et documenté ? La polémique est née des interrogations de l’opposition sur le coût, le fournisseur et la procédure d’attribution du marché des véhicules destinés aux parlementaires de la 15e Législature. Sans détour, Malick Ndiaye a assuré que la procédure a été exemplaire. «Tout s’est déroulé dans les règles de l’art. Le dossier est passé à la Direction centrale des marchés publics (Dcmp), et tous les actes posés ont été datés», a-t-il martelé. Pour prouver sa bonne foi, il s’est dit prêt à organiser un point de presse avec la commission des marchés pour «éclairer la lanterne des Sénégalais» sur l’identité du prestataire et les montants engagés.
L’ingénierie financière : le sacrifice des indemnités
L’élément le plus marquant de sa défense réside dans l’origine des fonds. Contrairement aux législatures précédentes, Malick Ndiaye affirme ne pas avoir sollicité de rallonge budgétaire auprès de l’Exécutif ou du ministère des Finances. L’acquisition repose sur une forme d’autofinancement par les députés eux-mêmes avec le gel des indemnités : car les parlementaires sont restés un an sans percevoir leur indemnité mensuelle de 900 000 F Cfa. Il assure que «ces sommes ont été rassemblées pour financer l’achat des véhicules, transformant une rémunération différée en outil de travail».
Un premier lot de 76 véhicules a déjà été réceptionné sur un total prévu pour couvrir l’ensemble des élus. Pour Malick Ndiaye, il ne s’agit nullement d’une «gabegie» ou d’un privilège indécent, mais d’une nécessité opérationnelle. «Ce n’est pas du luxe. C’est un outil de travail à l’image des tablettes ou des téléphones», a-t-il précisé. Il a d’ailleurs plaidé pour des véhicules «robustes», indispensables pour que les députés puissent assurer leur mission de contrôle et de proximité sur l’ensemble du territoire national, jusque dans les zones les plus enclavées.
Une cure d’austérité budgétaire
Dans une volonté de rompre avec l’image d’une institution budgétivore, le président de l’Assemblée a révélé avoir refusé une augmentation de budget, allant jusqu’à le réduire de 300 millions de F Cfa. Une décision stratégique pour couper court aux accusations de gaspillage dès le début de la législature.
Par ailleurs, il a indiqué avoir utilisé un reliquat de 200 millions de F Cfa pour solder les comptes des députés de la précédente législature dont le mandat avait été brutalement écourté par la dissolution de l’institution.
Cette sortie de Malick Ndiaye s’inscrit dans une ère de «rupture» où la redevabilité devient la norme. En liant directement l’acquisition du matériel roulant au renoncement temporaire aux indemnités, le Bureau de l’Assemblée tente de légitimer une dépense souvent mal perçue par l’opinion publique. Toutefois, l’appel de Thierno Alassane Sall à la publication complète des contrats reste un défi de transparence que l’institution devra relever pour clore définitivement ce débat.
