Un test grandeur nature pour la loi sur l’accès à l’information. L’ex-magistrat Ibrahima Hamidou Dème, figure de proue de l’intégrité citoyenne, passe à l’offensive. Lors d’un point de presse tenu à Thiès, le président d’Etic (Ensemble pour le travail, l’intégrité et la citoyenneté) a dénoncé ce qu’il qualifie de «violation caractérisée» de la loi n°2025-15 du 4 septembre 2025 relative à l’accès à l’information. Pour le juge Dème, l’enjeu dépasse la simple procédure. Il s’agit de tester la volonté de rupture du régime actuel. «Une prévention efficace repose sur une information permanente des populations, leur permettant d’exercer pleinement leur contrôle citoyen», a-t-il rappelé, soulignant que sans accès aux données, la reddition des comptes reste un vœu pieux.
Le 8 janvier 2026, le juge Dème avait adressé des courriers à la Présidence, à la Primature et au ministère des Finances. Sa demande était précise : obtenir les montants exacts des fonds spéciaux (ou «fonds politiques») alloués pour les exercices 2025 et 2026. «Ma démarche n’était nullement polémique, mais pédagogique. Il s’agissait de démontrer comment tout citoyen peut utiliser la loi pour accéder à une information officielle», précise-t-il. Cependant, malgré le délai légal de 15 jours francs fixé par l’article 19 de ladite loi, aucune réponse n’a été formulée. Ce mutisme des plus hautes autorités de l’Etat constitue, selon lui, une infraction pénale.
L’opacité, terreau de la «désinformation»
Le magistrat soulève un paradoxe frappant : alors que l’Etat réprime sévèrement la diffusion de fausses nouvelles, il entretiendrait lui-même le flou qui les génère. Il cite le vide informationnel : en refusant de communiquer les chiffres officiels, le gouvernement laisse place aux spéculations. Il indexe la responsabilité de l’Etat : «l’Etat poursuit des citoyens pour fausses nouvelles tout en étant à l’origine de l’incertitude qui nourrit ce phénomène», martèle le juge. Selon lui, un magistrat ne peut pas équitablement juger de la véracité d’une information si la «vérité factuelle» est délibérément dissimulée par les détenteurs du pouvoir.
Face à ce qu’il nomme une «faillite des autorités», le président d’Etic a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux. Les plaintes visent directement le Premier ministre, Ousmane Sonko, et le ministre des Finances et du budget. L’objectif est clair : mettre le gouvernement face à ses propres textes. En utilisant le régime de sanctions prévu par la loi sur l’accès à l’information, le juge Dème espère mettre fin aux pratiques d’opacité et restaurer la crédibilité de la parole publique.
Par Cheikh CAMARA – cheikh.camara@lequotidien.sn
