A la suite d’une audition particulièrement mouvementée de l’ancien ministre Abdou Karim Fofana, la tension monte d’un cran entre l’Assemblée nationale et les anciens dignitaires du régime sortant. Invoquant des défaillances de procédure, le non-respect des règles administratives et un manque de courtoisie institutionnelle, Moussa Baldé et Abdoulaye Daouda Diallo ont, tour à tour, décliné leur convocation. Une fronde politique s’organise face aux démarches d’investigation parlementaire.

Une fronde grandissante au sein des anciens ministres ? L’ambiance se tend autour des commissions d’enquête parlementaires mises en place à l’Assemblée nationale. Après la prestation très agitée de l’ancien ministre du Commerce Abdou Karim Fofana et la posture de refus déjà adoptée par Cheikh Oumar Anne, le mouvement de boycott prend de l’ampleur. C’est désormais un vent de fronde collective qui souffle chez plusieurs anciens membres du gouvernement, bien décidés à contester les méthodes de travail et les modalités de convocation adoptées par les députés. Le dernier signal fort en date provient du professeur Moussa Baldé, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation et actuel président du Conseil départemental de Kolda. Convoqué pour être entendu ce vendredi 16 octobre dans le cadre de l’enquête sur le programme «Un étudiant, un ordinateur», le professeur titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar a signifié par écrit au président de la commission, le député El Hadji Guèye, qu’il ne déférerait pas à sa convocation.

Moussa Baldé dénonce une convocation imprécise et illégale

Pour justifier sa décision, Moussa Baldé met en avant le caractère flou et général de la lettre reçue le 8 octobre dernier. Selon lui, aucun fait précis, aucun marché ciblé ni aucune décision ministérielle spécifique ne lui ont été notifiés : «cette imprécision ne me permet pas de préparer sérieusement mon audition», martèle-t-il, rappelant que l’article 53 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale exige expressément que les commissions d’enquête soient constituées pour «recueillir des éléments d’information sur des faits déterminés».

L’ancien ministre s’étonne également que la commission évoque d’éventuels «dysfonctionnements» sans en indiquer la nature ni fournir la moindre pièce justificative. Quant aux documents, rapports et correspondances que la commission lui demande d’apporter pour étayer les échanges, M. Baldé remet les pendules à l’heure : ces archives appartiennent à l’Etat et sont conservées par les administrations compétentes. «Je n’en suis ni le propriétaire ni le dépositaire à titre personnel», souligne-t-il, invitant les parlementaires à s’adresser directement aux services d’Etat concernés.

Abdoulaye Daouda Diallo : «Une convocation par WhatsApp ne traduit pas la courtoisie institutionnelle»

Moussa Baldé n’est pas le seul à opposer un refus catégorique aux enquêteurs du Parlement. Dans une correspondance datée du 14 octobre 2026 depuis Boké Dialloubé, l’ancien ministre Abdoulaye Daouda Diallo a également décliné sa convocation pour l’audition prévue le jeudi 15 octobre. Appelé à s’expliquer sur «l’éventuelle autorisation du fonds de garantie constitué en 2012-2013 auprès d’Ecobank» dans le cadre du même programme, Abdoulaye Daouda Diallo a fustigé la légèreté de la forme autant que du fond, comme l’incertitude juridique : la formulation floue de la convocation ne permet pas, selon lui, de connaître l’acte exact reproché ni l’implication supposée de sa personne. Tout comme Moussa Baldé, il rappelle qu’un ancien ministre ne saurait être considéré comme le dépositaire personnel des archives de son département.

M. Diallo s’insurge contre la méthode d’envoi de sa convocation, transmise par une simple application de messagerie instantanée. «La transmission de cette convocation par WhatsApp, assortie d’une date et d’un horaire fixés sans concertation préalable, ne traduit pas la courtoisie institutionnelle attendue dans de tels échanges», écrit-il à l’attention du président de la commission.

Vers une impasse politique et institutionnelle ?

En exigeant au préalable une formulation précise des faits reprochés, la communication des pièces à charge et le respect des voies officielles d’acheminement des convocations, les anciens ministres durcissent leur position face aux députés. En estimant que les conditions d’un échange utile et documenté ne sont pas réunies, cette velléité de contestation conjointe risque de paralyser durablement les travaux des commissions d’enquête parlementaires et d’ouvrir un bras de fer politique majeur aux contours d’un véritable imbroglio institutionnel.