A travers l’écoute, le soutien et le partage d’expériences, l’association House of peace and sharing (Hps) accompagne les femmes atteintes de cancer tout au long de leur parcours de soins. Son Secrétaire général, Luc Léandre Assogba, lance un appel à la mise en place d’un programme national de lutte contre le cancer afin de renforcer la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge globale des patientes.

Par Amadou MBODJI – Au-delà de la prise en charge médicale, les femmes atteintes de cancer ont un besoin vital de soutien psychologique, social et familial pour affronter la maladie. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’action de l’association House of peace and sharing (Hps), engagée depuis 2012 au Sénégal. Lors de la 9ᵉ édition de sa journée de réflexion sur les cancers féminins et cutanés, organisée samedi à la Saint Christopher School en pleine campagne d’Octobre Rose, l’association a réaffirmé son engagement aux côtés des malades.

A cette occasion, son Secrétaire général, Luc Léandre Assogba, a plaidé pour une mobilisation nationale renforcée : «il faut un programme national de lutte contre le cancer, que l’Etat mettrait en place pour mieux sensibiliser la population et favoriser le dépistage précoce», a-t-il déclaré. En attendant la concrétisation d’une telle initiative, Hps poursuit son travail de terrain auprès des patientes, les soutenant à chaque étape, du diagnostic jusqu’à la rémission.

Un accompagnement au-delà des soins médicaux

Actuellement, Hps assure le suivi d’environ 72 personnes. Selon Luc Léandre Assogba, une trentaine de femmes accompagnées par la structure sont en rémission stable depuis plus de cinq ans. Ces résultats témoignent de l’importance d’un accompagnement dans la durée, en complément des actes médicaux. Depuis sa création, l’association s’efforce de suivre l’évolution de ses bénéficiaires tout en les sensibilisant à un suivi régulier et à une bonne hygiène de vie, notamment sur le plan nutritionnel. Hps prend en charge une majorité de femmes jeunes, souvent âgées de 30 à 40 ans, chez qui la maladie fragilise profondément l’équilibre familial, social et professionnel.

Rompre l’isolement et lutter contre l’abandon

En plus des souffrances liées aux traitements et à leur coût financier, certaines femmes doivent affronter l’éloignement de leurs proches, voire le divorce. «Beaucoup sont abandonnées par leur mari en cours de route», déplore Luc Léandre Assogba. D’après les observations de l’association, environ 80% des femmes accueillies par Hps auraient vécu une séparation. Ce chiffre interne reflète la réalité des patientes suivies sans pouvoir être extrapolé à l’échelle nationale. Il met toutefois en lumière la nécessité d’impliquer davantage les conjoints et les familles dans le parcours de soins pour préserver la dignité des malades.

L’association s’attache également à déconstruire les préjugés. Certaines idées reçues assimilent encore le cancer à une maladie contagieuse ou à une malédiction, accentuant la stigmatisation. Face à cela, le Secrétaire général appelle à une sensibilisation accrue des communautés pour offrir aux femmes davantage de solidarité.

Des témoignages qui redonnent espoir

L’action de Hps prend tout son sens à travers les parcours de résilience. Le cas de Diarry Camara, patiente et Point focal de l’association dans sa région, illustre parfaitement la complémentarité entre suivi médical et soutien familial (voir interview ci-contre). Son expérience rappelle que la présence des proches est aussi déterminante que l’acte médical pour armer moralement les patientes et prouver qu’une vie de qualité reste possible après les traitements.

Octobre Rose, un espace d’échanges et de plaidoyer

Chaque année durant le mois d’octobre, la journée de réflexion de Hps réunit patientes, professionnels de santé et partenaires. Pour Luc Léandre Assogba, cet événement offre un espace d’échanges chaleureux où les participantes peuvent poser leurs questions aux médecins et briser le tabou entourant la maladie.

Cependant, la Société civile ne peut répondre seule à l’ampleur des besoins. En raison de moyens limités, Hps doit restreindre son action à un nombre ciblé de bénéficiaires. A travers son plaidoyer, l’association appelle à une stratégie nationale intégrée réunissant l’Etat, le corps médical, le tissu associatif et les familles. «La prévention est une responsabilité collective», insiste Luc Léandre Assogba.

En réaffirmant que la lutte contre le cancer exige autant d’écoute et d’humanité que de soins techniques, Hps réitère son appel à l’union sacrée pour que chaque femme puisse traverser l’épreuve dans la dignité et l’espoir.

ambodji@lequotidien.sn