Face aux résolutions d’enquête annoncées par Ousmane Sonko et le groupe majorité, l’ancienne Première ministre Aminata Touré et le député Abdou Mbow fustigent une dérive populiste et une atteinte à la séparation des pouvoirs, exigeant de confier la vérification financière aux organes de contrôle spécialisés.
L’annonce de la série de résolutions d’enquête parlementaire portée par le groupe Pastef et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, suscite une vive levée de boucliers au sein de la classe politique. Dans des sorties au ton ferme, l’ancienne Première ministre Aminata Touré et le député Abdou Mbow remettent en cause la démarche de la majorité parlementaire, dénonçant une confusion des rôles institutionnels et des manœuvres politiciennes.
Dans une publication sur Facebook, Aminata Touré s’est montrée catégorique quant au respect de la hiérarchie des compétences institutionnelles. Tout en rappelant que la bonne gouvernance et la transparence sont «fondamentales pour faire avancer notre pays», la présidente du mouvement Kiiraay a appelé à préserver ces principes des calculs partisans : «C’est pourquoi il faut tenir les manœuvres et manipulations politiciennes loin de ces principes républicains cardinaux.»
«La vérification financière, ce n’est pas du populisme»
Pour l’ancienne garde des Sceaux, l’Assemblée nationale ne saurait se substituer aux corps de contrôle compétents que sont la Cour des comptes et l’Inspection générale d’Etat (Ige). «Les députés de l’Assemblée nationale ne sauraient s’arroger les prérogatives de la Cour des comptes et de l’Inspection générale d’Etat», a-t-elle affirmé, insistant sur l’exigence technique du contrôle financier. «La vérification financière, c’est un métier qui requiert des capacités spécifiques suite à de longues études, ce n’est pas du populisme.»
Demandant la transmission de l’intégralité des dossiers aux structures spécialisées -en insistant explicitement sur le cas du fonds Jaam de la Casamance-, Aminata Touré a tranché : «Que chacun reste à sa place, et la République ne s’en portera que mieux.»
Abdou Mbow fustige une «dérive grave et sans précédent»
De son côté, le député Abdou Mbow conteste la constitutionnalité et la légitimité pour le Parlement d’enquêter sur d’autres institutions de la République, notamment sur la gestion des fonds spéciaux du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et du Haut-conseil des collectivités territoriales (Hcct).
Rappelant que le rôle constitutionnel du Parlement est de voter la loi, contrôler l’action du gouvernement, représenter le Peuple et évaluer les politiques publiques, Abdou Mbow estime que l’Assemblée n’a pas pour vocation d’effectuer des audits. «Comment une institution peut-elle aller fouiller au niveau d’autres institutions de la République ?», s’interroge-t-il, dénonçant une «dérive grave et sans précédent» qui heurte l’équilibre des pouvoirs.
Ciblant directement Ousmane Sonko, le parlementaire s’insurge contre l’usage du contrôle parlementaire à des fins politiques sur la période 2012-2026. «La République ne peut devenir le théâtre de votre volonté de règlements de comptes», accuse-t-il, tout en mettant en garde contre le piétinement du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, qui demeure une loi organique.

Commentaires (0)
Soyez le premier à réagir.
Se connecter pour commenter