A la coprésidence de l’Alliance internationale pour la prévention des violences sexuelles liées aux conflits, la République démocratique du Congo veut renforcer la lutte contre l’impunité et placer les survivantes ainsi que les enfants nés des viols au cœur de l’action internationale. Le ministre des Droits humains congolais, Maître Samuel Mbemba Kabuya Tanda, appelle à des engagements concrets et à la création d’un secrétariat permanent.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Les déclarations ne suffisent plus face aux atrocités des conflits. Pour les victimes de violences sexuelles, l’urgence ne se mesure pas aux discours prononcés dans les enceintes internationales, mais à la justice rendue, aux réparations obtenues et aux vies reconstruites. C’est le message porté par Maître Samuel Mbemba Kabuya Tanda, ministre des Droits humains de la République démocratique du Congo (Rdc), qui entend imprimer une orientation concrète à la coprésidence congolaise de l’Alliance internationale pour la prévention des violences sexuelles liées aux conflits (Psvi), aux côtés de l’Ukraine, en 2026.

Prenant la parole lors d’un événement parallèle de haut niveau, le ministre a rappelé que les violences sexuelles en temps de conflit ne constituent pas une fatalité, mais des crimes qui doivent être prévenus, documentés et punis. Lancée en 2012 par le Royaume-Uni, à l’initiative de William Hague et Angelina Jolie, la Psvi réunit des Etats, des organisations internationales, la Société civile et des survivants.

Pour la présidence congolaise, l’heure est à la consolidation de l’alliance. Première priorité : la création d’un secrétariat permanent mondial chargé de préserver la mémoire institutionnelle, d’assurer le suivi des engagements et de renforcer la coordination. «Une alliance sans mémoire institutionnelle, sans suivi des engagements, sans coordination est une alliance qui se dissout», a averti le ministre.

Deuxième chantier : la lutte contre l’impunité. Celle-ci passe, selon lui, par le renforcement des lois, la formation des magistrats, des policiers et des militaires, ainsi que par l’utilisation systématique du Protocole international de documentation et d’enquête. L’objectif est de faire en sorte qu’aucun auteur de violences sexuelles ne puisse échapper à la Justice.

Les enfants nés des viols, autres victimes du conflit

La troisième priorité concerne la protection intégrale des survivantes et des enfants nés des violences sexuelles liées aux conflits. Le ministre dénonce la stigmatisation et l’exclusion dont ces enfants sont victimes, parfois privés d’actes de naissance, d’identité juridique, d’accès à l’école et aux soins.

Pour Kinshasa, ces enfants ne peuvent être tenus responsables des crimes commis contre leurs mères. Leur protection doit passer par l’enregistrement des naissances sans discrimination, l’accès à la nationalité, à la justice, aux réparations, aux soins psychosociaux et à l’éducation. La réinsertion doit concerner à la fois la mère et l’enfant, dans le respect de leur dignité et de leur confidentialité. Evoquant la gravité de la situation dans son pays, le ministre a repris le chiffre d’une femme violée toutes les quatre minutes dans le contexte du conflit à l’Est de la Rdc. Une donnée qui nécessite une vérification indépendante de sa source et de sa méthodologie.

A deux mois de la fin du mandat de la présidence congolaise, Maître Samuel Mbemba Kabuya Tanda appelle les Etats membres à désigner des points focaux nationaux, à prendre des engagements mesurables, à soutenir le secrétariat permanent et à financer les programmes de réintégration. L’enjeu est désormais de laisser une empreinte durable. Pour Kinshasa, l’alliance ne doit pas rester une tribune de plus, mais devenir un instrument de protection, de justice et de réparation pour les victimes des violences sexuelles liées aux conflits.

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