Seize ans après leur déplacement forcé, le calvaire des déguerpis de l’autoroute à péage continue. Réunis en grand rassemblement ce dimanche, les habitants de la cité Apix de Tivaouane Peulh ont vivement dénoncé la non-délivrance de leurs droits de superficie et la prolifération de baux jugés «irréguliers» au profit de tiers. Face à ce qu’ils qualifient de spoliation orchestrée par les services de l’Etat, les sinistrés réclament l’arrêt immédiat des attributions foncières et la libération de jeunes du quartier récemment arrêtés.
Par Alioune Badara NDIAYE – Victimes, en 2010, d’expropriation et de déplacement avec les projets de construction de l’autoroute à péage et de restructuration de Pikine Irrégulier Sud, ils le sont encore dans le cadre de leur réinstallation. Eux, ce sont les habitants de la cité Apix de Tivaouane Peulh (département de Rufisque) qui ont organisé dimanche un grand rassemblement pour se faire entendre. Alors que le droit de superficie constitue le seul titre reconnu par le Plan d’action de réinstallation (Par) dans le cadre du projet, des baux et autres titres délivrés par l’Etat viennent ouvrir la voie à de multiples contentieux sur le site. «L’Etat de Sénégal, pour faire passer ce projet, a promis à des populations, à travers un document validé par les bailleurs de fonds, le plan d’action de réinstallation. Il a dit à ces populations qu’il va les déplacer et les réinstaller sur un site indemne de toutes formes de contentieux», a rappelé Ousmane Ndiaye, porte-parole du jour, dénonçant la grande nébuleuse entretenue par les services de l’Etat malgré les termes du Par. «L’Etat du Sénégal, pourvoyeur et promoteur de ce site, est à l’origine de contentieux à travers des titres délivrés à des personnes qui n’ont pas leur place sur ce site. Ce site est dédié aux populations déplacées. Que vient faire un promoteur immobilier à qui on octroie des espaces à morceler et à vendre ? Comment se fait-il que des personnes viennent réclamer des maisons à des populations déplacées en présentant un bail ? Quel paradoxe ! Au moment où des populations non éligibles sur ce site ont des baux, les populations légalement déplacées courent après leur droit de superficie depuis 16 ans», a-t-il vigoureusement dénoncé devant les populations venues en masse et arborant des brassards rouges pour manifester leur amertume.
Ces habitants sont d’autant plus remontés que certains des leurs ont été dernièrement arrêtés alors qu’ils s’opposaient à un acquéreur prétendant détenir un bail sur une surface de 2375 m2, soit l’équivalent de 16 parcelles de 150 m2. «Ils ont été arrêtés de façon indue car ils ont fait de la veille citoyenne. Ce que l’Etat aurait dû faire, ces jeunes ont essayé de le faire à sa place pour préserver ce plan d’action de réinstallation, pour préserver ce document que l’Etat de Sénégal a élaboré», a insisté le porte-parole, appelant à leur libération. Tout ce que demandent ces habitants aujourd’hui, c’est la délivrance des droits de superficie qui tarde depuis lors, les installant dans une forme de précarité, ainsi que l’arrêt de la délivrance de baux sur des espaces publics réservés pour des écoles, marchés et autres infrastructures d’utilité publique. Selon le document remis par les organisateurs, le site couvre 92 hectares comprenant 2039 parcelles d’habitation et divers équipements collectifs (écoles, marché, poste de santé, aires de jeux, zones vertes), conformément au plan directeur validé par le Groupe opérationnel présidé par le Gouverneur de la région de Dakar.
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