Face à l’érosion continue du pouvoir d’achat et aux contraintes économiques actuelles, le Forum d’assistance des consommateurs du Sénégal (Facs) monte au créneau. L’association interpelle solennellement l’Etat afin qu’il protège les ménages et instaure une régulation sociale et financière stricte.
Par Cheikh CAMARA – «Face à la vie chère, l’urgence d’une régulation sociale et financière s’impose. Le Sénégal traverse une conjoncture économique délicate. Les consommateurs sénégalais souffrent en silence et notre pouvoir d’achat subit une érosion continue.» C’est par ce constat alarmant que le Forum d’assistance des consommateurs du Sénégal (Facs) interpelle le gouvernement.
Pour le président du Facs, Abdou Diouf Aziz, la justice sociale ne doit pas être sacrifiée au profit des réformes économiques : «Alors que le gouvernement s’engage dans des réformes structurelles profondes, notamment dans le cadre de son accord technique avec le Fonds monétaire international (Fmi), l’assainissement des finances publiques ne peut se faire au détriment des ménages.» L’organisation met en garde contre trois leviers critiques qui risquent d’asphyxier la population.
Si l’accord avec le Fmi prévoit la rationalisation des subventions à l’énergie et à l’eau, le Facs prévient que cette transition ne doit pas entraîner une tarification opaque. L’association dénonce une facturation «illisible et excessivement salée» sur les compteurs Woyofal de la Senelec, estimant que le système de paliers pénalise injustement les foyers modestes.
Du côté de la Sen’Eau, elle pointe des hausses disproportionnées qui ne reflètent pas la qualité du service, marquée par des coupures récurrentes. Le Facs exige de l’Etat et des organes de régulation (Crse, Arpe) un audit permanent des algorithmes de facturation et la sanctuarisation de «tarifs sociaux» pour les bas revenus.
Loyer, gaz et hygiène : renforcer les contrôles
Selon le Facs, le secteur bancaire doit être un moteur de développement et non un facteur d’appauvrissement. L’organisation évoque le crédit Dmc (mécanisme d’aide au logement des agents de l’Etat), estimant qu’il est dévoyé par des lenteurs administratives et des conditions d’octroi abusives. Elle dénonce également des coûts de crédit prohibitifs qui s’apparentent à de l’usure et freinent l’investissement des ménages et des Pme. Le Forum demande l’intervention de l’Etat auprès de la Bceao pour plafonner les marges bancaires, abaisser les taux d’intérêt et auditer le traitement du crédit Dmc par le ministère de l’Economie et des finances.
«Le consommateur sénégalais est trop souvent pris en otage par son institution financière», déplore Abdou Diouf Aziz.
Changer de banque relève du parcours du combattant en raison de frais et de procédures volontairement complexifiés (attestations d’engagement, pénalités de remboursement anticipé). A cela s’ajoute une dégradation du service : pannes récurrentes des Gab, manque de personnel et opacité sur les frais de tenue de compte. Le Facs exige l’application stricte des 19 services bancaires gratuits édictés par la Bceao et le vote d’une loi sur la mobilité bancaire.
Enfin, face à la spéculation sur les prix du loyer et du gaz butane, ainsi qu’aux failles d’hygiène touchant certains produits de grande consommation (pain, eau en sachet), le Facs appelle à un renforcement des contrôles sur les marchés. L’organisation invite l’ensemble des citoyens à se mobiliser : «L’ajustement budgétaire ne doit pas se faire sur le dos des citoyens. L’Etat doit jouer son rôle de bouclier social.»
cheikh.camara@lequotidien.sn
