En tournée de massification dans la région de Kaolack, le Secrétaire général de l’Afp et député-maire de Ngoundiane, Mbaye Dione, a dressé un réquisitoire sévère contre la gestion de la filière arachide par le gouvernement. Entre doutes sur la mobilisation des fonds et critiques sur les promesses de la Sonacos, le leader progressiste prédit une année 2026 sombre pour le monde rural.
Par Cheikh Camara – Un diagnostic sans complaisance de la situation au niveau du bassin arachidier. Profitant de son immersion dans le Saloum pour préparer les prochaines joutes électorales, Mbaye Dione s’est fait l’écho de la détresse paysanne. Selon lui, le décalage entre les annonces officielles et la réalité du terrain est flagrant. «Les paysans, après avoir récolté maïs et arachide, se retrouvent aujourd’hui sans débouchés pour écouler leurs produits. C’est la preuve d’une incompétence notoire contre laquelle nous avions pourtant mis en garde», a martelé le successeur de Moustapha Niasse.
Le député rappelle qu’un budget de 130 milliards F Cfa avait été annoncé en fanfare. Pourtant, un mois après le lancement officiel, le 5 décembre, le Premier ministre Ousmane Sonko est contraint d’admettre des «défaillances techniques», un aveu de faiblesse que Mbaye Dione juge inacceptable à ce stade de la campagne.
Le nerf de la guerre : la crise de liquidités
L’essentiel de la critique de Mbaye Dione repose sur l’incapacité de l’Etat à sécuriser le financement de la campagne. Il pointe du doigt une rupture de confiance avec le secteur bancaire : en manque de liquidités, les banques nationales ne parviennent plus à soutenir l’effort étatique. Selon le parlementaire, elles affichent une méfiance croissante face aux difficultés économiques du Sénégal. «Un gouvernement sérieux mobilise les financements dès novembre. A l’heure actuelle, ils n’ont même pas 50 milliards de F Cfa disponibles», s’insurge-t-il, remettant en cause la crédibilité de la signature de l’Etat.
Les promesses de la Sonacos : «des paroles en l’air»
Le Premier ministre a récemment instruit la Sonacos d’augmenter ses prévisions d’achat, passant de 250 000 à 450 000 tonnes. Une annonce que Mbaye Dione qualifie de pure communication politique, dépourvue de base financière solide. «Comment peut-on instruire la Sonacos d’acheter 450 000 tonnes alors que le gouvernement peine à mobiliser 70 milliards ?», s’interroge-t-il avec scepticisme. Pour lui, ces engagements sont des «paroles en l’air» qui risquent de se fracasser contre la réalité d’une campagne déjà jugée catastrophique.
Une mise en garde pour 2026
Au-delà de l’aspect technique, cette sortie revêt une dimension hautement politique. En rendant visite aux khalifes généraux de Médina Baye et de Léona Niassène, Mbaye Dione a pris à témoin les autorités religieuses sur l’urgence sociale.
Le leader de l’Afp conclut sur une note alarmiste : sans un rétablissement immédiat de la situation financière du pays, le Sénégal s’expose à une crise profonde. Selon ses prévisions, l’année 2026 sera particulièrement éprouvante, impactant de plein fouet le pouvoir d’achat et la survie économique des populations rurales.
cheikh.camara@lequotidien.sn
