L’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) et les collectivités locales de Mbour et Malicounda engagent un virage stratégique vers l’économie circulaire. Une étude de faisabilité de 328, 4 millions F Cfa dévoilée récemment confirme le potentiel économique des sous-produits d’épuration, promettant la création d’emplois verts et la fin définitive des déversements polluants dans la lagune de Mballing.

Par Alioune Badara CISS – Longtemps perçues comme une source de nuisance environnementale et sanitaire, les eaux usées et les boues de vidange se retrouvent désormais au cœur d’une démarche de création de richesses et de transition écologique à Mbour. Lors d’un atelier de restitution des résultats de l’étude de faisabilité menée par le cabinet Delvic, les autorités administratives, territoriales et l’Office national d’assainissement (Onas) ont validé la feuille de route visant à valoriser les sous-produits de la Station d’épuration (Step) et de la Station de traitement des boues de vidange (Stbv) de Mbour.

Un modèle économique à forte rentabilité

L’étude diagnostique confirme le potentiel prometteur du site : l’eau épurée et les boues stabilisées serviront d’intrants pour le maraîchage, la floriculture, l’arboriculture et la pisciculture. Sur le plan financier, le modèle retenu projette une rentabilité progressive, avec un chiffre d’affaires prévisionnel grimpant de 25 millions F la première année à environ 94, 5 millions F par an dès la huitième année d’exploitation.

Pour concrétiser cette transformation, l’investissement initial est estimé à 328, 46 millions F hors taxes. Ces ressources permettront la réhabilitation et la sécurisation du site, la modernisation des équipements électromécaniques, l’acquisition de matériels agricoles adaptés. «Notre nouvelle démarche consiste à rompre avec le schéma «collecte, transport et rejet dans le milieu naturel». En matière d’assainissement, la promotion de l’économie circulaire permettra de saisir toutes les opportunités de création de richesse liées à l’approche filière», a affirmé Seni Diène, Directeur général de l’Onas, rappelant que cette vision s’inscrit pleinement dans la Lettre de politique sectorielle et de développement (Lpsd 2025-2029).

La fin du calvaire pour la lagune de Mballing

Au-delà de l’impact financier, les retombées sociales et écologiques s’annoncent déterminantes. Le projet apporte une réponse concrète aux revendications de la plateforme cito­yenne «La Lagune de Mballing en détresse» en mettant un terme définitif au déversement des eaux usées dans le marigot, éliminant du même coup les mauvaises odeurs et la prolifération d’insectes.

L’initiative met également en lumière une intercommunalité renforcée entre Mbour et Malicounda : «pendant longtemps, les boues et eaux usées ont été perçues uniquement comme des contraintes. Aujourd’hui, nous parlons d’opportunités économiques, d’engrais organiques et d’énergies renouvelables. En transformant nos rejets, nous protégeons nos nappes phréatiques tout en créant des emplois verts pour notre jeunesse et nos femmes», s’est réjoui Mor Fassa Ndiaye, directeur de Cabinet du maire de Mali­counda.

Présent lors des échanges, le corps administratif a souligné la portée stratégique de cette infrastructure pour la sécurité sanitaire et la résilience climatique de la zone. «Le traitement des déchets ne doit plus être considéré comme un simple confort d’urbanisme. Il constitue un enjeu majeur pour la sécurité des habitants et la préservation de notre environnement. Nous voulons bâtir un modèle d’économie souveraine», a résumé Mamadou Farba Sy, adjoint au Préfet de Mbour.

Les diagnostics technique et financier étant désormais établis, l’Onas et les municipalités partenaires lancent un appel aux Partenaires techniques et financiers (Ptf) pour mobiliser les ressources requises et concrétiser la modernisation définitive des ouvrages.

abciss@lequotidien.sn