En prélude au Forum national sur l’éducation inclusive prévu en novembre, le ministère de l’Education nationale a réuni les différents acteurs pour faire le diagnostic de la situation et dégager des solutions durables. Une initiative qui s’inscrit dans la dynamique de refondation du système éducatif, conformément aux orientations du chef de l’Etat.
Par Badé SECK – Le Sénégal veut franchir un nouveau cap dans la mise en œuvre de sa politique d’éducation inclusive. En prélude au Forum national sur l’éducation inclusive prévu en novembre, un atelier préparatoire a réuni les différents acteurs concernés autour des principaux défis liés à l’accès, au maintien et à la réussite des enfants en situation de handicap dans le système éducatif. Cette rencontre, organisée sur instruction du chef de l’Etat dans le cadre de la refondation du système éducatif, vise à dépasser le simple cadre des textes et des engagements pour aller vers des réponses concrètes et durables.
Car si le Sénégal a réalisé des avancées en matière d’accès à l’éducation, le maintien des enfants en situation de handicap demeure une préoccupation majeure. Les chiffres présentés par le ministère de l’Education nationale illustrent l’ampleur du défi. Selon le Secrétaire général du Men, Papa Malick Ndao, le Rapport national sur la situation de l’éducation 2024 recense près de 15 000 élèves en situation de handicap, tous ordres d’enseignement confondus : 1200 au préscolaire, 9567 à l’élémentaire, 2817 au moyen et 1096 au secondaire. Mais au-delà des effectifs, c’est surtout le faible taux de scolarisation et la déperdition au cours du parcours qui interpellent. «Ces effectifs ne représentent que 0, 41% des apprenants à l’élémentaire, alors que la prévalence du handicap dans la population sénégalaise est estimée à 7, 3% », a relevé le Secrétaire général. Un écart qui, selon lui, «indique à lui seul le chemin qui reste à parcourir». La situation devient encore plus préoccupante au fil du cursus. La proportion d’élèves en situation de handicap passe de 0, 41% à l’élémentaire à 0, 27% au secondaire. «Autrement dit, un élève en situation de handicap sur trois abandonne le système au fil du parcours», souligne Papa Malick Ndao.
Un forum attendu en novembre
Pour le Secrétaire général du Men, le Sénégal ne part toutefois pas de zéro. De nombreuses initiatives ont été prises depuis plusieurs décennies pour lever les barrières qui entravent l’accès des enfants en situation de handicap à l’école. Il rappelle notamment la Loi d’orientation sociale de 2010, qui garantit aux personnes en situation de handicap, notamment aux enfants, des droits en matière d’éducation.
L’enjeu est désormais, pour le ministère de l’Education nationale, de rendre ces dispositions pleinement effectives. «Le gouvernement a pour ambition de rendre les écoles aptes à accueillir les enfants dans toute leur diversité et de s’efforcer d’assurer un accès équitable à une éducation de qualité sans discrimination aucune», a déclaré Papa Malick Ndao. Dans cette perspective, le prochain Forum national devra permettre de dégager des engagements forts et des actions concrètes, afin de faire de l’éducation inclusive une réalité dans les établissements scolaires.
Le Sg du Men inscrit cette démarche dans le processus de refondation du système éducatif. «Le Forum national sur l’éducation inclusive n’est pas un événement isolé. Il est porté par la refondation», a-t-il expliqué. Pour lui, «refonder notre école, c’est interroger sa capacité à accueillir chaque enfant sans exception». Une vision partagée par les acteurs du handicap, même si ceux-ci restent préoccupés par les conditions actuelles de prise en charge.
Président de la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées, Moussa Thiaré attire l’attention sur les difficultés auxquelles sont encore confrontés les enfants en situation de handicap dans les établissements scolaires. Au-delà de l’accès à l’école, il insiste sur les conditions d’accueil, l’accessibilité des infrastructures, les moyens pédagogiques adaptés et l’accompagnement des apprenants. Pour M. Thiaré, l’inclusion ne saurait se limiter à inscrire un enfant dans une école. Encore faut-il lui permettre d’y apprendre, d’y évoluer dans de bonnes conditions et d’aller jusqu’au bout de son parcours scolaire.
Dans ce contexte, le président de la Fesaph se félicite de la tenue prochaine du Forum national, qu’il considère comme une opportunité pour porter ces préoccupations au plus haut niveau et obtenir des réponses concrètes.
A travers cet atelier préparatoire, le ministère entend donc poser les bases d’un dialogue élargi entre pouvoirs publics, acteurs éducatifs, organisations de personnes handicapées et partenaires techniques et financiers. Papa Malick Ndao souligne à ce titre la disponibilité de l’Etat et appelle à un partenariat plus durable en faveur de l’éducation inclusive. Il salue notamment l’appui de la Coopération italienne à travers le projet «Faire l’école».
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