En visite à la Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales (Fiara), le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a dressé un diagnostic sans complaisance du secteur agricole sénégalais. Entre faible maîtrise de l’eau, déficit de stockage et sous-exploitation du potentiel industriel, le Dr Daouda Ngom trace la voie vers une véritable souveraineté alimentaire portée par la «Vision Sénégal 2050».
Par Justin GOMIS – L’autosuffisance alimentaire reste le grand défi des autorités sénégalaises. Si l’ambition est affirmée, sa concrétisation tarde à se matérialiser en raison de plusieurs obstacles structurels qui freinent le développement du secteur.
Présidant hier la journée dédiée à son département (Mesri) à la Fiara, sous le thème «Innovations en agriculture pour une souveraineté durable», Dr Daouda Ngom a mis le doigt sur les limites actuelles. «Il y a un facteur que nous ne maîtrisons pas encore totalement : les ressources hydriques. On ne peut pas faire d’agriculture sans eau», a-t-il martelé. Bien que le Sénégal dispose du fleuve Gambie et de nappes souterraines importantes, le ministre estime que le défi réside dans la maîtrise de ces ressources, soulignant au passage l’importance stratégique du grand projet de transfert d’eau. Selon lui, sans cette maîtrise, l’agriculture restera trop dépendante des aléas climatiques. Un paradoxe de la production et de la conservation !
Outre l’eau, le ministre a pointé du doigt les failles dans la chaîne de stockage et de conservation. Prenant l’exemple de l’oignon, il a illustré un paradoxe frappant : «notre production dépasse 400 000 tonnes par an, alors que notre consommation nationale annuelle est d’environ 360 000 tonnes. Pourtant, nous peinons à couvrir nos besoins toute l’année faute de capacités de conservation adéquates. Et ce n’est pas valable uniquement pour l’oignon», a-t-il fait savoir.
Pour Dr Ngom, l’objectif ne doit plus être l’importation, mais une autosuffisance réelle. Il déplore que le secteur primaire (agriculture et élevage) contribue encore à moins de 10% du Pib national. La stratégie du gouvernement consiste désormais à renforcer ce secteur pour alimenter une véritable industrie de transformation. «Cela permettra de créer de la plus-value localement plutôt que d’exporter la matière brute», a-t-il précisé.
La recherche au service de la «Vision Sénégal 2050»
Cette transformation s’inscrit dans la «Vision Sénégal 2050». Selon le ministre, le président de la République appelle à bâtir un modèle fondé sur la réduction de la dépendance aux importations et l’investissement dans le capital humain. Dans cette dynamique, le gouvernement a engagé des réformes pour faire de la recherche et de l’innovation les leviers de l’agro-industrie. Son département s’engage à mettre la science au cœur des politiques de résilience économique.
La Fiara a ainsi servi de cadre de dialogue entre chercheurs, producteurs et entrepreneurs. «Elle permet de rapprocher la science du terrain et de faire émerger des solutions adaptées à nos territoires», a reconnu Dr Daouda Ngom, tout en invitant les acteurs à s’approprier les recommandations issues des panels organisés lors de cette journée.