Face à «l’inertie» du gouvernement sur des dossiers critiques comme le sort des décisionnaires et la réforme salariale, le Cadre unitaire syndical des enseignants du moyen-secondaire (Cusems) brandit la menace d’une grève générale. Le syndicat tranchera pendant les fêtes de fin d’année.
Par Malick GAYE –Le secteur de l’éducation s’apprête-t-il à vivre un nouveau cycle de turbulences. Réuni dimanche en session ordinaire, le Cusems a dressé un constat amer : deux ans après l’avènement du nouveau régime, l’espoir a laissé place à la frustration. «La période de grâce est terminée», prévient le syndicat, qui envisage sérieusement le dépôt d’un préavis de grève si des réponses concrètes ne sont pas apportées à trois urgences majeures.
Le calvaire des «décisionnaires»
Au cœur de la colère syndicale, se trouve la précarité des agents dits «décisionnaires». Pour Aliou Diouf, Secrétaire général du Cusems, leur situation est socialement insupportable, particulièrement à l’heure de la retraite. «Ces agents se retrouvent avec des pensions dérisoires qui ne leur permettent pas de vivre décemment», déplore-t-il. Si le Conseil des ministres a récemment adopté deux décrets, le syndicat estime qu’ils sont insuffisants et créent une «nouvelle injustice» en excluant une grande partie des concernés. Le Cusems exige un alignement strict des pensions sur le régime des fonctionnaires pour garantir la «dignité» de ceux qui ont servi l’école pendant plus de 25 ans.
Le «Rebasing» salarial : une promesse en attente
L’autre point de friction concerne l’iniquité du système de rémunération. Le Cusems réclame une refonte profonde de la grille salariale (ou rebasing), une promesse phare du pouvoir actuel qui tarde à se matérialiser : un salaire indexé sur le diplôme et la hiérarchie. Alors que les négociations sérieuses n’ont toujours pas démarré. Le Cusems demande à mettre fin au statut de «parents pauvres» du secteur public que subissent les enseignants malgré leur rôle central.
Lenteurs administratives et archaïsme
Enfin, le Cusems fustige la lourdeur d’une administration qu’il juge déconnectée de l’ère numérique. Il est jugé «inacceptable» qu’en 2025, un enseignant doive parcourir des centaines de kilomètres, de Kédougou à Dakar, pour un simple dossier d’avancement ou de reclassement. «Avec la digitalisation, on peut scanner et envoyer les dossiers instantanément», martèle Aliou Diouf, qui appelle à une modernisation urgente pour éviter que les enseignants ne passent des années à «courir après leurs droits».
Vers une paralysie du système ?
Bien que le Cusems privilégie un «gouvernement d’anticipation» pour éviter la crise, le ton se durcit. Déjà engagé dans le G7 avec deux plans d’actions menés cette année, le syndicat prévient : l’immobilisme de l’Etat condamnera l’année scolaire. La décision finale concernant le dépôt du préavis de grève sera prise après concertation avec les bases régionales durant les congés de fin d’année. Le sort de l’école sénégalaise semble désormais suspendu à la réaction de la Primature et des ministères concernés.
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