Réunis à la Somone pour répondre à l’appel de l’Ong Enda Energie et du ministère de l’Environnement, les acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique ont jeté les bases d’une révolution financière. Face aux lourdeurs des fonds internationaux, l’objectif est clair : institutionnaliser l’Adaptation menée localement (Lla) et exiger que 70% des financements mondiaux soient directement fléchés vers les territoires d’ici 2030.
Face à l’inadaptation des financements climatiques mondiaux, les Pays les moins avancés (Pma) passent à l’offensive. Acteurs étatiques, organisations communautaires et experts se sont réunis en forum national hier à la Somone pour poser les fondations d’un nouveau cadre de gouvernance. Leur ambition ? Inverser les mécanismes financiers internationaux pour que l’argent de l’adaptation arrive enfin aux communautés de base.
Le paradoxe des fonds internationaux : le gigantisme contre le local
Malgré la multiplication des stratégies nationales de résilience, la vulnérabilité des populations ne cesse de s’aggraver sur le terrain, plombée par un déficit structurel de l’accompagnement technique et financier international. L’architecture financière internationale actuelle, symbolisée par des mastodontes comme le Fonds vert pour le climat (Fvc), se révèle paradoxalement inaccessible pour les premiers concernés. Des critères d’éligibilité drastiques et disproportionnés coupent littéralement les collectivités locales de ces ressources vitales. «Le plus petit montant que vous pouvez obtenir sur le Fonds vert pour le climat est de 10 millions de dollars (environ 6 milliards de F Cfa). Or, aucune collectivité locale au Sénégal n’est aujourd’hui assez outillée pour capter et gérer une telle somme», dira Antoine Faye, consultant et membre du Comité national sur le changement climatique (Comnac).
Il rappelle également une réalité économique stricte : «Pour faire un projet, il faut de l’argent. Ne serait-ce que pour concevoir l’idée du projet, il faut des fonds. Si les acteurs locaux n’ont rien pour cette phase de conception, comment peuvent-ils espérer acquérir le financement global ?» Cette centralisation des fonds nuit gravement à l’efficacité des réponses, puisque la vulnérabilité climatique varie drastiquement d’une région à l’autre au sein d’un même pays. Une politique centralisée et uniforme s’applique ainsi trop souvent au détriment des réalités territoriales.
Les principes de la Lla : décentraliser le pouvoir
Pour corriger ces disparités, le mouvement de l’Adaptation menée localement (Locally Led Adaptation – Lla) s’appuie, depuis son lancement mondial en 2021, sur huit principes cardinaux. Le premier d’entre eux exige la décentralisation de la prise de décision afin de rééquilibrer les dynamiques de pouvoir entre les bailleurs du Nord, les intermédiaires et les bénéficiaires du Sud.
Devant la complexité grandissante de l’accès aux guichets internationaux, les participants du forum ont insisté sur la nécessité pour le Sénégal de bâtir ses propres outils financiers, à la fois flexibles et inclusifs. «L’objectif aujourd’hui est de travailler à une institutionnalisation de la Lla au Sénégal, mais également de jeter les bases d’une réflexion pour créer un cadre de coordination et développer des mécanismes de financement endogènes», a souligné Issa Sarr, chargé de projet à Enda Energie.
Ce dernier précise que cette dynamique doit se structurer à toutes les échelles du pays afin de garantir un accès direct aux fonds pour les petites organisations de base, permettre aux collectivités locales de financer leurs propres plans climatiques et créer des guichets sectoriels dédiés à l’exécution des Plans nationaux d’adaptation (Pna).
Vers des outils innovants et une gouvernance paritaire
Des pistes innovantes ont été avancées au cours des débats, à l’instar des mécanismes d’assurance indicielle, conçus pour anticiper et couvrir immédiatement les pertes matérielles des populations locales dès la survenue d’un choc climatique.
Co-organisé par Enda Energie et la Direction du changement climatique, de la transition écologique et des financements verts (Dcctefv) du ministère de l’Environnement, ce forum marque le point de départ d’une véritable restructuration politique. Pour pérenniser ces engagements et s’assurer que les priorités du terrain soient intégrées dès la conception des programmes, les organisateurs ambitionnent de mettre sur pied une instance nationale permanente d’action et de suivi. Celle-ci regroupera, de manière paritaire, des représentants de l’Etat et des acteurs non étatiques (Ong, secteur privé, universités et organisations communautaires de base).
Par Alioune Badara CISS – abciss@lequotidien.sn