La France et ses partenaires africains ont redessiné les contours d’une relation profondément reconfigurée. Entre absences assumées et présences calculées, Paris joue la carte du pragmatisme : exit la tutelle politique, place aux affaires. Une position diplomatique qui ne convainc pas encore ses détracteurs sahéliens.
Par Malick GAYE – La France assume désormais ouvertement sa nouvelle posture sur le continent africain : moins prescriptrice, plus prudente, consciente du rejet qu’elle suscite dans plusieurs capitales. A l’occasion du Sommet France-Afrique (Africa Forward) organisé à Nairobi les 11 et 12 mai, l’Elysée livre sa lecture d’une relation en pleine recomposition. «On n’a pas la prétention d’apporter une solution. On est dans une logique de partenariat gagnant-gagnant», a déclaré la Présidence française, assumant que les crises africaines appellent désormais des réponses africaines. Une reconnaissance tardive, mais explicite, de l’échec des modèles d’intervention passés.
La carte des absences en dit long sur l’état des relations. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, regroupés au sein de l’Alliance des Etats du sahel (Aes), n’ont pas été conviés à Nairobi. Officiellement, leur suspension de l’Union africaine justifie leur mise à l’écart. Mais la diplomatie française reconnaît, entre les lignes, que le Sahel constitue un terrain perdu. «Pour inviter quelqu’un, il faut qu’il ait l’envie de venir», a glissé l’Elysée, actant ainsi l’irréversibilité de la rupture avec les juntes sahéliennes. Sur les plans sécuritaire et politique, Paris a déjà pris ses distances avec l’Aes, et cette absence au sommet de Nairobi n’est que la traduction logique d’un divorce consommé.
Le cas malgache illustre la subtilité du nouveau positionnement français. Madagascar, pourtant en transition politique, sera bien présent à Nairobi. L’Elysée a salué la «main tendue» malgache, estimant que sa «transition est différente» de celle des régimes militaires sahéliens. Un signal clair : Paris distingue désormais les transitions qu’il juge fréquentables de celles qu’il considère comme hostiles à ses intérêts.
Nairobi, vitrine d’un pivot stratégique
Organisé dans la capitale kényane, un pays anglophone, ce sommet marque une rupture de format avec les précédentes éditions France-Afrique. L’objectif affiché est de refonder le partenariat sur des bases économiques et entrepreneuriales, en mettant en avant les acteurs privés plutôt que les chefs d’Etat. Paris entend ainsi dépolitiser la relation, au moment où la légitimité de sa présence militaire et politique est contestée de Bamako à Ouagadougou. Le sommet de Nairobi se veut donc l’acte fondateur d’une France qui prétend désormais dialoguer d’égal à égal avec ses partenaires africains, quand ceux-ci acceptent encore de lui ouvrir la porte.
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