L’Ong Raes, en collaboration avec le collectif des «Amis du Club Ratanga», a organisé un bootcamp de trois jours à Bona (département de Bounkiling). Cette immersion visait à outiller 50 jeunes filles sur le fonctionnement des Comités de développement sanitaire (Cds) et le plaidoyer, afin d’améliorer la santé de la reproduction dans une zone encore marquée par le poids des traditions.

Par seydou Tamba CISSE – Du 1er au 3 mai, la mairie de Bona a vibré au rythme d’une formation intensive dédiée à la démocratie sanitaire. Initiée par l’Ong Raes et ses partenaires (Cca, Direction régionale de la santé, Alliance nationale des jeunes, etc.), cette rencontre a regroupé 50 jeunes filles de la localité. Au programme : gestion des Cds, techniques de prise de parole en public et leadership. L’objectif est clair : favoriser l’insertion des jeunes femmes dans les instances de décision locales. «La formation porte sur la gouvernance des comités de développement sanitaire et le plaidoyer. Nous voulons que ces filles intègrent réellement les sphères décisionnelles au niveau local», explique Amadou Tidiane Sadio, Point focal du Raes à Sédhiou.

Briser les barrières culturelles et le «complexe du soin»

Dans le monde rural, l’accès à l’information sanitaire se heurte souvent à des pesanteurs socioculturelles. Sidya Sané, Secrétaire exécutif du Cds de Bona, ne cache pas les difficultés rencontrées sur le terrain : «Dans notre localité, il existe un réel complexe à fréquenter les postes de santé. Lors du renouvellement de notre bureau, nous avons peiné à trouver des femmes pour occuper les postes qui leur étaient réservés. Ce bootcamp est salutaire : si les jeunes filles s’approprient la gestion sanitaire, elles encourageront les autres femmes à venir soigner des pathologies intimes qu’elles n’osent pas évoquer aujourd’hui.»

Ce constat est partagé par Demba Samba Ba, Point focal du Réseau des jeunes pour l’abandon des Mgf et du mariage des enfants. Selon lui, la santé de la reproduction reste un sujet tabou dans ces zones conservatrices. Il préconise d’ailleurs, au-delà de la formation, la création d’un «Espace Ado» équipé pour permettre aux jeunes de discuter librement de ces problématiques.

La Direction régionale de la santé, représentée par son Point focal communautaire Pape Ngane Guèye, a salué une initiative qui facilite directement le travail du personnel soignant. En renforçant les Cds par une présence féminine active, l’Ong Raes et ses partenaires assurent une meilleure médiation entre les structures de santé et les populations.

La municipalité de Bona, par la voix de son secrétaire Alp­houseyni Sy, a réitéré son engagement à soutenir toutes les actions visant à améliorer la santé communautaire. A l’issue de ces trois jours, les participantes repartent avec un cahier de doléances qu’elles devront remettre aux autorités, marquant ainsi le début de leur rôle d’ambassadrices de la santé dans le département de Boun­kiling.

seydou.cisse@lequotidien.sn