A la suite de la mise en œuvre du projet de la Fao pour une alimentation saine, le Sénégal s’illustre comme le plus mauvais élève en Afrique de l’Ouest. Faute d’identification précise des vendeurs de rue et de base de données centralisée, le pays peine à encadrer un secteur qui représente pourtant un enjeu majeur de santé publique.
Par Justin GOMIS – Pour améliorer la gestion des urgences de sécurité sanitaire des aliments et la qualité de la restauration de rue, le Grand-Duché de Luxembourg a confié à la Fao la mise en œuvre du projet Gcp/Int/357/Lux. L’objectif était d’analyser et de diagnostiquer le secteur de la restauration informelle dans trois pays pilotes d’Afrique de l’Ouest : le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso. Mais au terme des trois années d’exécution, le Sénégal est le seul de ce trio à ne pas disposer d’une base de données répertoriant l’ensemble de ses établissements et vendeurs de rue.
D’après Dr Mamadou Ndiaye, expert au Bureau régional de la Fao pour l’Afrique de l’Ouest, les deux autres pays ont su structurer leurs données : «au Burkina Faso, c’est le Service d’hygiène qui s’en occupe, tandis qu’au Mali, cette charge incombe aux municipalités», a-t-il informé à l’occasion d’un forum communautaire axé sur la salubrité de la restauration de rue, organisé par l’Ajspd.
De l’avis du Dr Ndiaye, «on ne peut pas contrôler quelqu’un qu’on ne connaît pas». «Ici, nous avons des vendeurs ambulants à qui l’on fait payer des patentes chaque jour. Pour renforcer le contrôle, il faut d’abord les connaître. On ne peut pas encadrer ou suivre des acteurs si on ne les a pas identifiés au préalable. Des efforts ont certes été faits à Kaolack sur la filière des fruits, où le Service régional a répertorié les acteurs et leur a délivré des cartes professionnelles. Il nous faut désormais généraliser cette démarche à toutes les catégories de produits, notamment les plats chauds. Pour l’essentiel, ces vendeurs exercent de manière fixe. Il est donc tout à fait possible d’aller à leur rencontre pour les identifier», a-t-il insisté, soulignant l’urgence de combler ce retard d’enregistrement.
La sécurité sanitaire des aliments : une urgence politique et budgétaire
Pour Dr Ndiaye, une implication ferme des autorités publiques demeure indispensable pour apporter des solutions durables à ce problème de santé publique. «Je répète souvent que le jour où les décideurs politiques porteront véritablement la question de la sécurité sanitaire des aliments, nous pourrons espérer trouver des réponses adaptées», a-t-il remarqué.
Selon l’expert, l’intégration de cette problématique dans les politiques générales de l’Etat permettrait de débloquer les financements nécessaires. D’autant que l’impact sanitaire est dramatique : «La mauvaise sécurité sanitaire des aliments est à l’origine de 1 520 000 décès dans le monde. C’est plus que la tuberculose, le paludisme ou le Sida. Or, ces trois grandes maladies bénéficient de programmes nationaux, d’activités dédiées, d’infrastructures et de personnels spécialisés. Il est impératif d’ériger la sécurité sanitaire des aliments au rang de priorité absolue.»
Malgré ces lacunes organisationnelles, le spécialiste a tenu à préciser que le projet a permis des avancées significatives : «Un certain nombre de points d’amélioration ont été constatés, et des solutions ont été consignées dans deux guides par pays : un guide de bonnes pratiques d’hygiène et un guide destiné au contrôle officiel. Des plans de surveillance ont également été développés pour mesurer le niveau de contamination de certains aliments, accompagnés de rencontres d’information et de séances de vulgarisation dans les principales villes de la région au Sénégal, au Burkina Faso et au Mali.»
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