A Mbao, le Directeur général des Industries chimiques du Sénégal a déroulé une stratégie offensive mêlant anticipation, montée en puissance industrielle et exigence de qualité, dans un contexte mondial sous tension.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – A Mbao, au cœur du dispositif industriel des Industries chimiques du Sénégal (Ics), le message est sans équivoque : pas de place pour l’improvisation dans la bataille des engrais. Devant la presse, le Directeur général, Mama Sougou Fara, a affiché une posture de maîtrise et d’anticipation face aux turbulences du marché international. Organi­sée sur le site de production, la visite guidée a permis de plonger au cœur du processus industriel, du blending à l’ensachage, jusqu’au stockage. «Nous avons voulu montrer de manière concrète toute la chaîne de production», a expliqué le patron des Ics, soucieux de transparence.

Cette immersion intervient dans un contexte international tendu, marqué par des perturbations majeures sur les intrants agricoles. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, continuent d’impacter les chaînes d’approvisionnement. «Il y a une hausse des prix et des difficultés d’accès à certaines matières premières comme le soufre», a reconnu Mama Sougou Fara.

Mais pour les Ics, il ne s’agit pas de subir. Bien au contraire. «Depuis décembre 2025, nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour sécuriser nos intrants», a assuré le Directeur général. Résultat : une production projetée à 125 000 tonnes pour 2026 contre 105 000 tonnes l’année précédente. Un niveau qui vise à garantir la disponibilité des engrais au moment clé : celui des semis. «L’agriculture sénégalaise est saisonnière. Ce qui compte, c’est que les intrants soient disponibles à temps», a-t-il insisté.

Au-delà des frontières nationales, les Ics assument également un rôle sous-régional, en approvisionnant des pays voisins comme la Gambie. Mais l’ambition de l’entreprise dépasse la seule gestion de campagne agricole. Elle se joue désormais sur le terrain industriel. Mama Sougou Fara a annoncé un programme d’investissement de 126 milliards de francs Cfa, noué avec des partenaires chinois, pour moderniser en profondeur les installations. «Le site que vous voyez aujourd’hui est en pleine transformation», a-t-il indiqué, évoquant l’arrêt temporaire de certaines unités. «Ce n’est pas un arrêt, c’est une mutation industrielle», a-t-il clarifié. Objectif : remplacer les équipements vieillissants et franchir un cap décisif. A terme, la capacité de production passera de 250 000 à 700 000 tonnes par an. Un quasi-triplement qui positionne les Ics comme un acteur industriel majeur dans la sous-région.

Dans cette dynamique, plusieurs projets structurants sont en cours, notamment une nouvelle usine de superphosphate et une augmentation de la production minière et d’acide phosphorique, éléments essentiels dans la fabrication des engrais. Au cœur de cette montée en puissance, la qualité reste un impératif non négociable. Nogaye Gassama, responsable du laboratoire d’analyse, a tenu à rassurer. «Toutes les matières premières sont contrôlées à leur entrée. Les produits en cours de fabrication sont analysés et chaque lot est vérifié avant livraison», a-t-elle détaillé. Le laboratoire des Ics bénéficie d’une accréditation internationale délivrée par le Soac, garantissant la conformité aux standards les plus exigeants. «Les agriculteurs peuvent être rassurés : les engrais produits ici sont de qualité», a-t-elle conclu.

A travers cette démonstration, Mama Sougou Fara trace une ligne claire : anticiper, produire plus et mieux, tout en consolidant l’outil industriel. A Mbao, où est implanté le site des Ics, se joue bien plus qu’une simple campagne agricole. C’est une bataille stratégique pour la souveraineté agricole et industrielle du Sénégal qui est en train de se mener.

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