Le Sénégal touche du doigt l’élimination du paludisme d’ici 2030, mais le chemin reste semé d’embûches. Alors que les cas de transmission et la mortalité s’effondrent, les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme : 97% des 150 milliards de F Cfa nécessaires au plan quinquennal restent à trouver. Un appel d’urgence est lancé pour financer l’ultime ligne droite.

Le Sénégal entre dans une phase décisive de sa lutte contre le paludisme en visant son élimination totale d’ici 2030. Pour financer son nouveau plan quinquennal, le pays doit mobiliser 150 milliards de F Cfa. Mais alors que l’incidence et la mortalité chutent fortement, le ministère de la Santé alerte : 97% des fonds restent encore à trouver.

Le Plan national d’élimination du paludisme à l’horizon 2030 nécessite une enveloppe globale de 150 milliards de F Cfa, a annoncé Aliou Thiongane, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp). «Ce plan nécessite un financement d’environ 150 milliards de francs Cfa sur cinq ans, soit 30 milliards par an», a-t-il précisé lors d’un panel consacré à la question. «Nous avons quitté la phase de contrôle pour aller vers l’élimination», s’est réjoui l’universitaire, estimant que le Sénégal a «parcouru l’essentiel du chemin» vers cet objectif grâce à plus de 30 ans d’efforts ciblés : chimio-prévention et distribution massive de moustiquaires imprégnées, dépistage rapide et gratuité des traitements pour les cas confirmés.

Des indicateurs sanitaires en net progrès

Les résultats récents témoignent des avancées sur le terrain : 73 des 79 districts sanitaires du pays (soit 92%) sont désormais en phase de pré-élimination. Il faut noter une chute de l’incidence, qui est passée de 23 cas pour 1000 habitants en 2024 à environ 13 cas pour 1000 en 2025. Alors que la mortalité a été divisée par deux : le nombre de décès a chuté de 314 à 155 sur la même période. Cette baisse importante de la morbidité et de la mortalité impose désormais un changement stratégique : le Sénégal doit abandonner la logique de «contrôle de masse» pour adopter une approche ciblée de «détection, investigation et réponse».

Des disparités régionales marquées

Le statut de la transmission varie fortement selon la géographie du pays : dans le Nord, C’est 1 cas pour 1000 habitants dans une dizaine de districts, mais il monte jusqu’à 500 pour 1000 habitants dans le District de Saraya. Aujourd’hui, le financement constitue le principal obstacle à la réussite du Plan 2030. Le directeur de la Lutte contre la maladie, le Dr Mamadou Moustapha Diop, a révélé que 97% des ressources financières requises ne sont pas encore disponibles.

Pour combler ce déficit, le ministère de la Santé prévoit d’intensifier son plaidoyer auprès du gouvernement et du ministère de l’Economie et des finances, de l’Assemblée nationale et des autres départements ministériels, du secteur privé, des acteurs communautaires et des partenaires techniques et financiers. «Nous avons des acquis qu’il faut d’abord consolider», a martelé le Dr Diop, appelant à une mobilisation générale des chercheurs et des autorités pour ne pas perdre le bénéfice de trois décennies de lutte.