Eliminer le cancer du col de l’utérus ou réduire au moins de 25% sa mortalité d’ici 2029 : c’est l’objectif que s’est fixé la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus (Sscpp). Une ambition au cœur du thème retenu pour les 5e Congrès national et 4e Congrès international de l’organisation : «Sur la route de l’accélération de l’élimination du cancer du col de l’utérus.»

Représentant le ministre de la Santé et de l’hygiène publique à cette rencontre, Dr Abdallah Wade a rappelé la gravité de la situation épidémiologique dans le pays. «Le cancer du col de l’utérus continue de faire des victimes au Sénégal. Selon les données de Globocan 2024, nous enregistrons 2280 nouveaux cas par an», a-t-il révélé. Pour inverser cette tendance, Dr Wade préconise d’accentuer la prévention, le dépistage, le diagnostic précoce et la prise en charge médicale. Il rassure d’ailleurs sur les capacités nationales à faire face : «Nous disposons aujourd’hui de moyens efficaces pour agir à toutes les étapes : la vaccination contre le papillomavirus humain (Hpv), le dépistage permettant un diagnostic précoce et le traitement des lésions précancéreuses, jusqu’à la prise en charge des cancers invasifs.»

Cette démarche s’inscrit pleinement dans le Plan national de lutte contre le cancer 2025-2029. Le Sénégal avait déjà introduit la vaccination anti-Hpv dans son Programme élargi de vaccination (Pev) dès 2018, tandis que le dépistage des lésions précancéreuses est progressivement intégré à l’offre de soins globale.

Une approche équitable et multisectorielle

Toutefois, la réussite de ce combat repose sur l’équité d’accès aux soins pour toutes les femmes. «Notre véritable réussite ne sera pas seulement de disposer de vaccins, de tests ou de compétences. Elle sera de faire en sorte qu’une jeune fille soit vaccinée, qu’une femme soit dépistée, qu’une lésion précancéreuse soit traitée à temps et qu’aucune patiente ne soit perdue dans son parcours de soins», a insisté le Dr Abdallah Wade. Le représentant du ministre a déploré les inégalités persistantes face aux soins, appelant à lever les obstacles économiques, sociaux, culturels et géographiques qui pénalisent particulièrement les femmes vivant dans les zones enclavées. Pour y parvenir, il préconise une mobilisation générale impliquant les secteurs de la santé, de l’éducation, les médias et les communautés, afin de lutter activement contre la désinformation et la réticence vaccinale. «L’élimination du cancer du col de l’utérus ne saurait être portée par un seul acteur. Notre responsabilité est de transformer les progrès scientifiques en bénéfices réels pour toutes les femmes», a-t-il affirmé, plaidant pour un partenariat renforcé entre l’Etat, les professionnels de santé, les sociétés savantes, les chercheurs, la Société civile et les partenaires techniques et financiers.

Accélérer le rythme et subventionner la prévention

Du côté de la Sscpp, Dr Madjiguène Ba a insisté sur l’urgence d’agir concrètement : «Notre défi n’est plus de savoir ce qu’il faut faire. Notre défi est d’aller plus vite et plus loin.» Un constat partagé par la marraine de l’événement, Dr Alimatou Diop, enseignante-chercheuse à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad). Mettant l’accent sur la protection des femmes en âge de procréer, elle a lancé un appel solennel au secteur privé, aux entreprises et aux fondations pour qu’ils subventionnent l’achat des vaccins. Selon elle, les coûts actuels restent hors de portée pour la majorité des populations vulnérables.

En conclusion de ces travaux, Dr Abdallah Wade a réitéré la pleine disposition du ministère de la Santé et de l’hygiène publique à poursuivre et approfondir le dialogue structurant avec la Sscpp et l’ensemble des parties prenantes engagées dans cette cause nationale.

Par Justin GOMIS – justin@lequotidien.sn