Même une montre cassée donne la bonne heure deux fois par jour : les suspicions de discorde au sommet de l’Etat ont fini par dire vrai. En signant le décret n°2026-1128 ce vendredi 22 mai 2026, le Président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de Ousmane Sonko et dissous le gouvernement, actant la fin brutale du «tandem» fondateur de la troisième alternance. Un séisme politique majeur, provoqué par un affrontement public continu, qui marque une reprise en main historique de l’institution présidentielle en pleine séquence de Dialogue national.
Le décret n°2026-1128 pris ce vendredi 22 mai 2026 fera date. En mettant fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko et en dissolvant le gouvernement, le président de la République Bassirou Diomaye Faye acte la fin du «tandem» fondateur de la troisième alternance sénégalaise. Ce séisme politique majeur, survenu quelques heures seulement après une nouvelle salve publique de l’ex-Premier ministre à l’Assemblée nationale et en pleine séquence de Dialogue national, marque une reprise en main historique de l’institution présidentielle.
Si des frictions feutrées étaient régulièrement trop apparentes, la rupture s’est matérialisée au grand jour ce vendredi, lors de la séance des Questions d’actualité au gouvernement. Devant les députés, Ousmane Sonko a exprimé publiquement son désaccord avec le chef de l’Etat sur la gestion des fonds politiques. Une ligne rouge institutionnelle ? En exposant ces divergences cruciales sur la place publique, le Premier ministre a rompu le principe de solidarité et de confidentialité de l’Exécutif. Sous la République sénégalaise, un tel étalage de dyarchie au sommet de l’Etat est politiquement intenable. La réponse du Palais a été immédiate et sans équivoque.
Le contexte du Dialogue national : la quête d’un recentrage républicain
Ce limogeage intervient au moment précis où le Président Bassirou Diomaye Faye mène les consultations de la Journée nationale du dialogue. Les audiences accordées aux anciens ministres des Finances (Amadou Kane, Abdoulaye Daouda Diallo) et de l’Intérieur (André Sonko, Ousmane Ngom, Cheikh Tidiane Sy) prennent désormais une tout autre signification. En s’affichant en rassembleur au-dessus des clivages partisans malgré l’opposition de son camp de Pastef, le Président Faye, qui est en train de structurer la Coalition Diomaye Président, préparait, consciemment ou non, le terrain politique à cette séparation. Il a démontré qu’il entendait incarner la continuité de l’Etat et sa stabilité macroéconomique et sécuritaire, quitte à s’éloigner du logiciel plus radical de son Premier ministre.
La formule «Diomaye moy Sonko» (Diomaye, c’est Sonko), qui avait porté Pastef au pouvoir en mars 2024, a vécu. Le Sénégal entre dans une phase de reconfiguration politique inédite : la déclaration de Ousmane Sonko immédiatement après son limogeage («Alhamdoulillah. Ce soir, je dormirai le cœur léger à la Cité Keur Gorgui») montre qu’il prend acte de la décision sans chercher l’affrontement institutionnel immédiat. Toutefois, la question reste entière : comment va réagir la base militante de Pastef dont il demeure le leader incontesté, face à ce qu’elle pourrait percevoir comme un désaveu ?
Le profil du futur Premier ministre
Le choix de la personnalité qui montera à la Primature sera le véritable indicateur du nouveau cap présidentiel. Deux options principales s’offrent au chef de l’Etat : celle technocratique, en nommant un profil hautement financier ou administratif pour rassurer les marchés internationaux et stabiliser le Document de programmation budgétaire (Dpbep 2026-2028). Ou l’option d’ouverture politique ? Mettre en place un gouvernement d’union ou élargi, capitalisant sur l’élan du Dialogue national pour isoler l’aile radicale de Pastef.
En signant le décret n°2026-1128, Bassirou Diomaye Faye s’est définitivement affranchi de l’ombre de Ousmane Sonko. Il endosse pleinement, face à l’histoire, la plénitude des pouvoirs que lui confère la Constitution. Le «Sénégal des deux têtes» s’est arrêté ce 22 mai ; c’est une nouvelle page du quinquennat qui s’ouvre, lourde d’incertitudes mais clarifiée sur le plan des institutions.
Par Bocar SAKHO-bsakho@lequotidien.sn
