L’Organisation pour l’action islamique veut peser dans les prochaines évolutions de la Loi fondamentale. Son responsable, Dr Momar Kane, annonce une réflexion destinée à dégager une position commune du courant musulman.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Le débat sur l’avenir de la Constitution sénégalaise prend une nouvelle tournure. Le courant musulman entend désormais y prendre toute sa place. A travers une rencontre consacrée au rapport entre la Loi fondamentale et l’islam, l’Organisation pour l’action islamique a engagé une réflexion sur les dispositions constitutionnelles qu’elle considère comme incompatibles avec les enseignements de la religion musulmane.

Pour Dr Momar Kane, responsable de l’organisation, le constat est sans appel : «Nous avons trouvé qu’il avait raison de se plaindre de l’absence du courant musulman dans cette entreprise critique.» Une interpellation venue d’un acteur extérieur à l’organisation a ainsi servi de déclencheur à cette initiative. L’objectif est désormais d’aller au-delà du simple constat. Deux commissions ont été mises en place. La première doit identifier et approfondir les dispositions constitutionnelles considérées comme étant en porte-à-faux avec les enseignements de l’islam. La seconde devra réfléchir aux «voies et moyens» permettant de réduire cet écart.

A terme, l’organisation veut déboucher sur un mémorandum susceptible de réunir les différentes sensibilités musulmanes. «Nous espérons, nous escomptons de ces commissions qu’il y ait quand même un mémorandum qui pourrait faire peut-être l’unanimité des musulmans de quelque organisation qu’ils appartiennent, pour en faire leur affaire», indique Dr Kane. Le responsable de l’Organisation pour l’action islamique remonte également aux origines du texte constitutionnel sénégalais. Selon lui, la Constitution nationale est largement inspirée de celle de la France de 1958 dont certains fondements idéologiques seraient incompatibles avec l’islam. «Dès le premier article, cette distorsion-là se fait voir», soutient-il. Il reconnaît toutefois que certaines dispositions peuvent apparaître favorables à la liberté religieuse, mais estime que leur portée est limitée par d’autres principes constitutionnels.

Pour le Dr Momar Kane, les musulmans ne doivent donc pas rester spectateurs des changements institutionnels annoncés. «Nous pensons qu’il est du devoir, de l’obligation des musulmans, d’opérer cette réflexion eux aussi et d’en parler aux responsables de ce pays», affirme-t-il.

Le message est adressé aux autorités : la structure musulmane entend faire connaître ses aspirations et ses réserves. Quant à la réponse qui sera apportée à ses propositions, le responsable de l’organisation se veut clair : «S’ils s’en saisissent, tant mieux. S’ils ne le suivent pas, en tout cas nous prendrons acte.»

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