A l’issue de son audience devant la Haute cour de Justice, l’ancien Garde des sceaux Ismaïla Madior Fall voit ses conditions de détention préventive considérablement allégées, avec la mainlevée de son assignation à résidence et le retrait de son bracelet électronique. Alors que les débats au fond sont renvoyés après les vacances judiciaires, le constitutionnaliste réaffirme son attachement viscéral à l’institution judiciaire tout en réclamant une réforme en profondeur de cette juridiction d’exception.
Par Justin GOMIS – L’ancien ministre de la Justice Ismaïla Madior Fall peut pousser un premier ouf de soulagement. Poursuivi devant la Haute cour de Justice pour des faits présumés de corruption, l’universitaire a obtenu un allègement majeur des mesures restrictives qui pesaient sur lui. La juridiction a ordonné la mainlevée de son assignation à résidence ainsi que le retrait de son bracelet électronique, mettant fin, pour le moment, aux contraintes de déplacement qui lui avaient été imposées dans le cadre de la procédure.
Les exceptions de procédure jointes au fond, procès renvoyé
Cette décision ne signifie toutefois pas l’abandon des poursuites. La Haute cour de Justice a décidé de renvoyer l’examen de l’affaire après les vacances judiciaires. Lors des précédentes audiences, le collectif de défense de Ismaïla Madior Fall -qui avait déjà obtenu un premier renvoi à huitaine pour affiner sa stratégie- avait soulevé plusieurs exceptions de procédure visant à contester la régularité des poursuites. Les juges ont finalement décidé de joindre ces arguments procéduraux au fond du dossier. Les vices de forme invoqués par la défense seront donc examinés en même temps que l’étude globale des faits reprochés à l’ancien ministre.
A la sortie de l’audience, l’ancien ministre a placé sa démarche sous le signe de la foi et de la sérénité : «En tant que croyant, je considère que tout ce qui nous arrive, en bien comme en mal, provient de Dieu. C’est une épreuve et je l’accepte», a-t-il déclaré. Visiblement ému, l’universitaire a exprimé sa vive gratitude envers sa famille, ses proches, les délégations venues de Rufisque, les mouvements de femmes mobilisés, ainsi que les professionnels des médias pour la couverture rigoureuse de la procédure. Saluant l’engagement de ses avocats, il a réservé un hommage appuyé à Me Clédor Ly : «Au-delà d’être un avocat, c’est un humaniste et un militant des droits humains. Il se dévoue entièrement à la cause de ses clients.»
«Je ne critiquerai jamais la Justice sénégalaise»
En tant que professeur de Droit constitutionnel et ancien Garde des sceaux, Ismaïla Madior Fall a tenu à dissiper toute ambiguïté quant à sa posture envers la Magistrature : «Je suis professeur de Droit, j’ai formé des magistrats, des avocats et des auxiliaires de Justice. J’ai été ministre de la Justice. Je suis mal placé pour critiquer la Justice. Je ne critiquerai jamais la Justice sénégalaise. J’accepterai toujours les décisions de Justice.»
Un plaidoyer pour la réforme de la Haute cour de Justice
S’il réaffirme sa confiance dans les juges, l’ancien ministre se montre en revanche très critique vis-à-vis du cadre législatif encadrant la Haute cour de Justice, qu’il qualifie de «curiosité» dans l’architecture juridique nationale. Rejoint par des organisations de défense des droits humains comme Amnesty International et divers acteurs de la Société civile, il a plaidé pour une modernisation en profondeur de cette juridiction d’exception. Ismaïla Madior Fall a conclu sa déclaration par un message fort tourné vers l’avenir : «Je voulais remercier tout le monde. Je souhaite simplement ne pas être victime de la politique.»
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