La décision du gouvernement d’écarter les obligations en euro et en dollar du Programme de traitement de la dette (Ptds) pousse les détenteurs de ces obligations à se constituer en comité pour ne pas être lésés dans l’opération. Déjà, à l’heure actuelle, la valeur de ces obligations a fortement chuté, et les prévisions promettent une chute encore plus importante, à moins de 50 cents le dollar.

Par Mohamed GUEYE – De plus en plus de Sénégalais se rendent compte que les jours à venir seront encore plus durs que l’on ne le pensait. L’accord avec le Fonds monétaire n’a en fait rien réglé. Le Premier ministre avait lui-même, du haut du pupitre de l’Assemblée nationale, annoncé que la dette du Sénégal devait connaitre une terrible décote. Les marchés financiers lui donnent encore plus raison. Reuters, citant des spécialistes, n’hésite pas à affirmer, dans un article paru hier, que les obligations du pays sont surévaluées à l’heure actuelle.

Pire, le fameux Plan de traitement de la dette du Sénégal (Ptds) dont se gargarisent les autorités, devrait, à en croire ces spécialistes, accentuer les choses au lieu de les arranger. Ainsi, un cadre d’Amundi, interrogé par Reuters, a déclaré que la restructuration souhaitée par l’Etat du Sénégal ne pourrait se faire selon les termes voulus par les autorités. M. Sergei Strigo, responsable de la gestion des obligations des marchés émergents auprès d’Amundi -le plus grand gestionnaire d’actifs en Europe, et l’un des plus importants au monde- estime que les obligations en euro et en dollar du Sénégal, qui se négocient actuellement entre 50 et 55 cents pour un dollar ou un euro, ne pourraient pas se maintenir à ce taux. La raison ? La décision du gouvernement sénégalais d’exclure les créances libellées en Cfa de l’obligation de restructuration, en plus du traitement préférentiel accordé aux créanciers multilatéraux et concessionnels, fait croire aux détenteurs d’obligations sénégalaises qu’ils vont devoir porter l’essentiel de la charge de la dette du pays, et devoir faire les frais du processus d’allègement de ladite dette.

D’où d’ailleurs la décision d’un groupe de ces créanciers, représentant 8 fonds d’investissements, de constituer le cabinet international d’avocats White & Case pour représenter leurs intérêts dans le cadre de cette procédure. M. Strigo a annoncé l’intention d’Amundi de se joindre à ce groupe de créanciers. Ce cabinet détenant aussi des obligations sénégalaises.

Toutes ces manœuvres démontrent que, contrairement aux souhaits de la majorité de la population sénégalaise, l’accord avec le Fmi ne signifiera pas automatiquement une ouverture aux marchés financiers internationaux. Et donc, pas nécessairement accès aux capitaux, même concessionnels. Et l’on nous promettait, à la fin du mandat de Macky Sall, de sortir du groupe des Pays les moins avancés (Pma), dans les 3 années qui suivraient…