De la montée en régime de Sangomar à l’entrée en production de Grand Tortue Ahmeyim, les ressources extractives sont devenues, en 2025, une réalité budgétaire. Recettes en hausse de 30% au premier semestre, exportations en progression de plus de 50%, croissance portée par les hydrocarbures : les indicateurs sont au vert. Mais la diversification de l’économie et l’après-mine restent des chantiers ouverts.
L’ère pétrolière et gazière du Sénégal a quitté le registre de la prospective pour entrer dans celui de la comptabilité publique. Longtemps adossée à l’or, au ciment et aux phosphates, l’économie extractive nationale a changé de dimension en 2025, sous l’effet conjugué du champ pétrolier de Sangomar, opérationnel depuis juin 2024, et du projet gazier Gta, entré en production cette année.
Des recettes qui ont doublé en cinq ans
Selon le dernier rapport de l’Itie, la contribution totale du secteur a atteint 455, 99 milliards de F Cfa dont 435, 82 milliards directement versés au budget de l’Etat, contre 346, 19 milliards l’année précédente. En moins de cinq ans, cette contribution a doublé. Le secteur pesait alors 4, 9% du produit intérieur brut, 11, 9% des recettes publiques, 31, 3% des exportations et 0, 7% de l’emploi.
Le premier semestre 2025 accentue la tendance. Les revenus extractifs ont progressé de 28% pour s’établir à 303, 02 milliards de F Cfa dont 293, 24 milliards affectés au budget de l’Etat, soit une hausse de près de 68 milliards (+30%) par rapport à la même période de 2024. Les mines restent le premier contributeur, avec 224, 45 milliards de F Cfa, soit 74, 07% des revenus extractifs, devant les hydrocarbures (75, 95 milliards). Par nature de recettes, l’impôt sur les sociétés arrive en tête avec 74, 17 milliards de F Cfa, suivi des revenus tirés de la part de production revenant à l’Etat (37, 50 milliards) et des retenues sur salaires (37, 13 milliards).
Ce deuxième poste constitue la vraie nouveauté : nul un an plus tôt, il reflète directement l’entrée en production des gisements offshore. Sangomar a permis la commercialisation de près de 18 millions de barils, tandis que Gta a enregistré ses premières ventes de gaz.
Une croissance tirée par les hydrocarbures
Le commerce extérieur enregistre la transformation la plus spectaculaire. Les exportations cumulées ont atteint 5935, 2 milliards de F Cfa en 2025, contre 3909, 1 milliards un an plus tôt, soit un bond de 51, 8%. Au quatrième trimestre, le trio de tête des produits exportés était composé de l’or industriel (448, 3 milliards), du pétrole brut (367, 4 milliards) et des produits pétroliers raffinés (290, 2 milliards).
Si les hydrocarbures concentrent l’attention, l’or demeure le pilier du secteur. Le complexe de Sabodala-Massawa, exploité par Endeavour Mining dans la région de Kédougou, a produit 8, 522 tonnes d’or en 2025, conformément aux prévisions. Cette performance reflète la contribution, sur une année pleine, de l’usine Biox, entrée en production commerciale en 2024.
Dans son Rapport d’impact 2021-2025 présenté à la presse et aux acteurs locaux, l’entreprise évalue sa contribution économique cumulée à 1500 milliards de F Cfa sur cinq ans, soit l’équivalent de 1, 7% du Pib national. Sur la période, 324 milliards ont été versés au titre des impôts, 82 milliards en redevances et 41 milliards en dividendes, auxquels s’ajoutent 167 milliards de charges et d’impôts liés à l’emploi.
Conformément à la volonté d’endogénéisation de l’économie, le volume de transactions des fournisseurs locaux, estimé à plus de 1110 milliards de F Cfa, dépasse celui des fournisseurs étrangers, évalué à 1025 milliards. Le président du Comité national de l’Itie y voit la confirmation de la pertinence de la loi n°2019-04 relative au Contenu local.
Sur le plan territorial, Sabodala-Massawa indique avoir investi 18 milliards de F Cfa depuis 2021 dans des programmes communautaires d’électrification rurale, de construction d’écoles et de postes de santé, et d’aménagement de périmètres maraîchers. Ces derniers ont généré plus de 215 millions de F Cfa de revenus pour plus d’un millier de femmes et de jeunes entrepreneurs. A l’échelle du groupe, Endeavour affirme avoir réinvesti en 2025 plus de 1500 milliards de F Cfa, soit 72% de ses revenus, dans les économies de ses pays d’implantation.
Des défis demeurent relatifs au Fonds de réhabilitation minière, à la montée en puissance des emplois disponibles, etc. Le Sénégal aborde cette nouvelle séquence fort d’une troisième validation internationale au titre de l’Itie, obtenue avec une note de 89 sur 100. La transparence étant acquise, le défi est désormais de transformer la rente en capital productif, avant l’épuisement des gisements.
