Ousmane Sonko a dressé, mercredi dernier, un tableau des ressources du pays à la merci des prédateurs étrangers, servis par des complices nationaux. Pourtant, le tableau que présente le secteur des hydrocarbures dont son ministre des Mines, Birame Soulèye Diop, conforté par l’Itie, vante la gestion, ne reflète pas les mêmes images que celles du Premier ministre.

Par Mohamed GUEYE – De son arrivée au pouvoir en 2012 à son départ en avril 2024, le Président Macky Sall n’a bénéficié d’aucun dividende tiré du pétrole ou du gaz sénégalais. Pourtant, aujourd’hui, quelques mois à peine après leur arrivée au pouvoir, les dirigeants de Pastef ont commencé à engranger des profits, qui ont bien bénéficié à leur trésorerie. Grâce au bloc de Sangomar, exploité par les Australiens de Woodside, le pétrole est en train de renverser le déséquilibre de la balance commerciale du Sénégal, en faveur des exportations. Cela ne s’était jamais vu auparavant, avant l’exploitation des ressources minières et des hydrocarbures.

Or, même s’il n’en n’a pas joui, le Président Macky Sall a beaucoup veillé à doter le pays d’un Code minier et d’un Code pétrolier dont même le ministre Birame Soulèye Diop, nommé par Ousmane Sonko, a reconnu le caractère révolutionnaire. De sorte que tout le monde a noté la croissance des revenus tirés du pétrole et du gaz, depuis 2024. Au point que, rien que pour le pétrole, les projections pour 2025 tablent sur des recettes variant entre 72, 5 et 125 milliards de francs Cfa. Et l’on sait que le Code pétrolier permet à l’Etat de collecter près de 90% des revenus, à travers différents mécanismes fiscaux.

Le Premier ministre a voulu présenter les choses de manière à faire croire que son régime était en train de faire plier les investisseurs étrangers, qui auraient lésé le Sénégal dans l’exploitation de nos ressources minières. Il a tenu à faire un point de presse pour montrer la manière dont il aurait arrêté «l’hémorragie financière» provoquée par les anciens régimes. Heureusement que les Sénégalais ont fini par connaître leurs dirigeants, et savent maintenant que les vérités du Premier ministre ne sont pas celles du citoyen lambda. Ceux qui connaissent les vrais chiffres, tirés de l’Itie ou des agences comme l’Ansd, savent différencier la part de vérité des déclarations de M. Sonko.

Ainsi, s’agissant du bloc gazier Yaakaar Teranga, que le «Sénégal a repris sans dépenser aucun sou», les lecteurs du journal Le Quotidien se rappelleront que, dès l’annonce du ministre Birame Soulèye Diop en décembre 2025, de l’intention du Sénégal de céder à Petrosen les parts de Kosmos, ce journal pointait déjà les difficultés que devrait surmonter une économie «sans marge de manœuvre budgétaire» pour suppléer l’absence de partenaire stratégique, qui est la raison principale du retrait de l’opérateur australien.

Bp, qui voulait exploiter ce gisement de Yaakaar Teranga, concomitamment à ses parts dans Gta, n’a pu convaincre les autorités sénégalaises -depuis Macky Sall- de changer le modèle économique, et a dû se retirer, après avoir injecté plusieurs milliards de dollars dans l’affaire, en plus des 8 milliards investis dans le développement du projet frontalier de Gta.

On voit d’ailleurs, s’agissant de Gta, que le Sénégal ne pourrait espérer négocier de manière unilatérale avec les investisseurs. Toutes les démarches du pays dans ce secteur devraient nécessairement rencontrer l’agrément de la partie mauritanienne, avec laquelle nous partageons tout -les risques et les profits. Il serait léger de faire croire aux Sénégalais que le gisement du Nord du pays nous appartient en propre, et que nous pourrions en faire ce que nous voudrions.

Et pour ce qui est de l’exploitation des phosphates, le Premier ministre a probablement oublié de rappeler qu’à l’arrivée de Macky Sall au pouvoir, les Ics, qui étaient le fleuron de l’industrie sénégalaise, se sont retrouvées en situation de quasi-faillite. En 2014, le régime de Macky Sall, notamment le ministre Aly Ngouille Ndiaye, a pu convaincre le consortium indien Indorama d’investir dans l’exploitation de l’acide sulfurique et du phosphate. Les conditions n’étaient peut-être pas idéales, mais la mariée n’était pas non plus de toute beauté.

En 2014, le chiffre d’affaires des Ics était d’environ 150 milliards de Cfa. Les investissements d’Indorama ont permis de redresser l’entreprise et de porter le chiffre d’affaires à plus de 340 milliards de Cfa en 2024, tandis que les pouvoirs publics bénéficiaient de 25 milliards de Cfa en dividendes en 2024. Il n’est pas certain que si l’Etat n’avait pas eu recours à ces investisseurs, l’entreprise serait encore à flot à ce jour…

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