Le siège du Parti socialiste (PS), autrefois symbole de stabilité et de la gestion étatique au Sénégal, est devenu, samedi, le théâtre d’affrontements violents. Depuis le décès de Tanor Dieng et l’intérim qui se poursuit avec Mme Aminata Mbengue Ndiaye, la formation politique traverse une zone de turbulences sans précédent. Au-delà des dégâts matériels, ces incidents révèlent une fracture profonde : la bataille pour l’héritage de Ousmane Tanor Dieng, transformée en une guerre fratricide qui menace aujourd’hui l’existence même du parti.
Par Justin GOMIS – Ce qui devait être une étape charnière pour la relance du Parti socialiste s’est transformé, samedi dernier, en un scénario catastrophe. A la Maison Léopold Sédar Senghor, le silence solennel a laissé place aux clameurs et à la violence. L’Assemblée générale des secrétaires généraux de coordination a été annulée après des affrontements brutaux entre les partisans de la direction actuelle et ceux du courant contestataire «Dundal Ps». Les ingrédients d’un samedi noir étaient réunis depuis plusieurs jours. L’Union régionale socialiste de Dakar avait tiré la sonnette d’alarme, alertant sur des risques de dérapages. Pourtant, la confrontation a bien eu lieu : refus d’accès à certains hauts responsables -dont Alioune Ndoye et Serigne Mbaye Thiam-, échanges verbaux virulents, jets de pierres et usage de gaz lacrymogènes. Le spectacle est accablant pour une formation historique qui, jadis, se targuait de sa discipline et de sa méthode.
Si ces incidents spectaculaires ont fait la une, ils ne sont que l’écume des jours d’une mer démontée depuis la disparition de Ousmane Tanor Dieng en 2019. Depuis lors, le Ps semble prisonnier d’un temps suspendu. L’arrivée de Aminata Mbengue Ndiaye à la tête du parti, d’abord à titre intérimaire, s’est prolongée, installant une atmosphère de «gestion par défaut».
Pour les observateurs de la vie politique, cette crise est celle de la légitimité. D’un côté, la direction actuelle, arc-boutée sur ses prérogatives, tente de mener un processus de relance et de renouvellement des instances via une commission dédiée. Elle se pose en garante de la continuité institutionnelle. De l’autre, le courant «Dundal Ps» dénonce une «confiscation de la démocratie». Pour les partisans de Alioune Ndoye et Serigne Mbaye Thiam, le parti ne peut continuer à fonctionner en circuit fermé, sous peine de mourir de sa propre sclérose.
Le risque d’implosion : une menace réelle
L’analyse de ces événements montre que le Ps ne se bat plus contre ses adversaires politiques, mais contre lui-même. Cette «guerre des héritiers» est d’autant plus dangereuse qu’elle touche aux nerfs de la structure : la base militante.
Lorsque les instances de décision deviennent des théâtres de pugilat, le parti perd son autorité morale. Le risque, aujourd’hui, n’est plus seulement celui d’une crise de gouvernance, mais celui d’une implosion. Une scission, bien que redoutée, apparaît désormais comme une issue possible si le dialogue, devenu inexistant, ne reprend pas ses droits.
Le Parti socialiste se trouve à la croisée des chemins. Soit il parvient à surmonter ce traumatisme par une remise en cause sincère et un renouvellement inclusif de ses instances, soit il s’enferme dans une spirale de violence qui finira par le réduire à un simple souvenir dans l’histoire politique du Sénégal.
En transformant la Maison Senghor en arène de combat, les protagonistes ont offert à leurs militants un spectacle indigne de l’héritage qu’ils prétendent défendre. La question n’est désormais plus de savoir qui dirige le parti, mais s’il restera encore un parti à diriger si ces tensions ne sont pas immédiatement apaisées.
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