Des bailleurs comme l’Agence française de développement et la China Eximbak ont commencé à montrer des signes d’impatience quant aux retards notés dans le paiement de leurs créances. Pour ne pas trop envenimer la situation, la France chercherait à régler la situation au niveau diplomatique. Mais le Sénégal ne voudrait pas rater l’échéance du paiement de l’eurobond de mars prochain, où le pays doit décaisser plus de 221 milliards de Cfa sur les 747 dus pour l’année.
Client des plus assidus du marché financier de l’Uemoa, le Sénégal assure avoir engrangé suffisamment de fonds pour pouvoir faire face aux échéances de son eurobond de mars. Le pays doit décaisser environ un peu plus de 221 milliards de Cfa pour remplir ses obligations auprès de ses bailleurs. Et l’encours total de la dette due à tous les bailleurs pour cette période est, selon les chiffres officiels, de 747 milliards de Cfa. Or, les recettes fiscales attendues par l’Etat ne dépassent pas les 360 milliards de Cfa par mois. Ce qui incite les services de Cheikh Diba à hiérarchiser les paiements selon les urgences. En effet, si certains bailleurs institutionnels peuvent accepter de patienter, ce ne peut être le cas du marché des eurobonds, qui est obligé de reporter immédiatement un quelconque retard. Et à ce niveau, un défaut de paiement pourrait être perçu négativement et avoir de graves conséquences par rapport à l’accès aux marchés financiers, et surtout par rapport à la notation souveraine du pays. Le Sénégal est déjà dans les bas-fonds de l’abîme financier, et ne souhaiterait surtout pas que les agences de notation Moody’s ou S&P viennent encore à rabaisser sa note, ce qui arriverait sûrement si l’échéance de mars du paiement des eurobonds n’était pas respectée.
Ce qui fait que, en prévision à cette échéance, le gouvernement s’emploie, dans la discrétion, à donner des gages à ses partenaires financiers que le risque d’un défaut de paiement est éloigné, malgré certains retards. En effet, en dépit des inquiétudes exprimées par certains bailleurs, d’une certaine surchauffe, les créanciers du marché de l’Umoa continuent de s’arracher les titres du Sénégal, permettant ainsi au Trésor de s’acquitter de ses obligations les plus pressantes. Mais cela ne va pas sans risques.
Il semblerait que, pour être en mesure de payer les échéances de ses eurobonds, l’Etat du Sénégal a décidé de mettre à la diète certains autres bailleurs. Le Quotidien a appris que l’Agence française de développement (Afd) court depuis près de deux mois déjà, après une créance de plus de 20 milliards de Cfa due par le Trésor sénégalais. Le ministère français des Finances a saisi officiellement Cheikh Diba dans l’espoir de débloquer la situation. De guerre lasse, des médias français assurent que le Président Macron a dépêché à Dakar son conseiller Afrique, Jeremy Robert. Ce dernier a d’ailleurs été reçu par Diomaye et Sonko pour traiter de cette question, que Paris ne voudrait pas voir prise à la légère par Dakar. Il se dit que l’Elysée souhaiterait que l’affaire se règle par la diplomatie, pour ne pas froisser la susceptibilité des dirigeants sénégalais.
Cela ne ferait pas l’affaire des relations entre les deux pays, et surtout pas du Sénégal. Les dettes dues à l’Afd ne sont pas un cas isolé, les Chinois de la China EximBank étant même les plus engagés par rapport au Sénégal, suivis par les Turcs, les Anglais et d’autres partenaires encore. Mais la plupart de ces partenaires ne sont pas habitués à s’exprimer devant les micros des journalistes.
Il n’empêche que les retards de paiement de la dette bilatérale de certains partenaires deviennent si inquiétants que les différents créanciers du pays commencent à se concerter entre eux, et insidieusement, à se rallier à la position du Fonds monétaire international (Fmi), de la nécessité d’une restructuration de la dette du Sénégal.
Le Premier ministre Ousmane Sonko semble avoir fait de la question un casus belli, affirmant haut et fort que le pays ne sacrifiera pas sa souveraineté sur cette question. Pour lui, il n’est pas question que les bailleurs de fonds -entendez le Fmi- imposent au pays une restructuration, qui conduirait à terme à un ajustement structurel. Pour enrayer la manœuvre des bailleurs, il a lancé son Programme de redressement économique et social (Pres), qui se manifeste à ce jour par la taxation tous azimuts de tout ce qui est taxable dans le pays, à l’exception du cannabis et autres drogues dures. Ce Pres serait destiné à renflouer les caisses vides du Trésor, tout en permettant à la ménagère sénégalaise de remplir aisément son panier. Il ne semble pas que l’un ou l’autre de ces objectifs ait été atteint.
Le Sénégal est devenu, on l’a dit, l’un des plus fidèles clients du marché financier de l’Umoa. Les bons et obligations du Trésor que le pays émet trouvent toujours acquéreur, souvent même à des quantités supérieures à celles sollicitées. Et les observateurs ont remarqué que, depuis deux mois, les souscripteurs venaient tous du Togo, l’un des pays les moins riches de l’Uemoa. Au point de susciter des interrogations quant à de possibles accointances entre les dirigeants sénégalais et les souscripteurs du marché.
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