Réunie en urgence à Dakar, la Conférence des leaders du Front pour la défense de la démocratie et de la République (Fdr) a dressé un réquisitoire implacable contre le pouvoir en place. Entre le récent «forcing constitutionnel» à l’Assemblée nationale, la régression des libertés publiques et l’amateurisme dénoncé dans la gestion de la campagne agricole, l’opposition sonne l’alarme et appelle à l’union sacrée des Forces vives de la Nation.

Par Justin GOMIS – Le ton est à la gravité. Réunie ce début de juillet 2026, la Conférence des leaders du Fdr n’a pas mâché ses mots à l’heure d’analyser la trajectoire politique, économique et sociale du Sénégal. Pour cette plateforme de l’opposition, le diagnostic est sans appel : le pays est engagé dans une «trajectoire de régression démocratique» et de «fracture sociale sans précédent». En ligne de mire, le régime Pastef, accusé de substituer progressivement l’arbitraire à l’Etat de Droit et la propagande à la bonne gouvernance.

Le «forcing constitutionnel» du 29 juin fustigé

Au cœur de la colère du Fdr, figure l’examen du projet de révision de la Constitution par l’Assemblée nationale, le 29 juin dernier. Qualifié de «passage en force», cet épisode est décrit par l’opposition comme une violation flagrante des règles parlementaires et des droits de la minorité. Selon les leaders du front, les demandes de procédure ont été écartées avec désinvolture dans le seul but d’imposer une réforme fondamentale sans recherche de consensus.

Le communiqué du Fdr revient longuement sur les scènes de tension qui ont secoué l’Hémicycle, déplorant notamment ce qu’il qualifie d’«agression inqualifiable» à l’encontre du député Abdou Mbow, suivie de son expulsion par les Forces de l’ordre. Une «humiliation sans précédent» pour la Représentation nationale, qui aurait transformé l’Assemblée en une simple chambre d’enregistrement.

Répression et malaise social

Face à la contestation citoyenne qui a entouré cette réforme, le Fdr condamne avec fermeté la «répression brutale» des manifestations pacifiques. Usage disproportionné de gaz lacrymogènes, arrestations arbitraires : pour l’opposition, le pouvoir ne gouverne plus que par l’intimidation. Sur le front économique, le tableau dépeint par le front de l’opposition est tout aussi sombre. Malgré les promesses du Pacte national de stabilité sociale, les leaders du Fdr pointent du doigt une multiplication des licenciements et un effondrement continu du pouvoir d’achat ; des réformes des codes du Travail et de la Sécurité sociale menées de manière unilatérale ; un non-respect des engagements financiers de l’Etat auprès des partenaires sociaux.

Mais c’est sans doute sur la gestion de l’agriculture que l’opposition se montre la plus incisive. Après le bilan jugé catastrophique de la précédente campagne de commercialisation (arachide, riz, horticulture), le Fdr dénonce un retard inadmissible dans la préparation de l’actuelle saison des pluies. Alors que l’hivernage est déjà bien installé dans plusieurs régions, la tenue du Conseil interministériel dédié à la campagne agricole n’a eu lieu que le 30 juin 2026. Un amateurisme qui, selon le front, compromet déjà la distribution des semences, engrais et intrants, mettant directement en péril la souveraineté alimentaire du pays. Le Fdr parle ici d’une «faute politique majeure» s’apparentant à un «sabotage programmé du monde paysan».

Un appel à «faire bloc»

Face à ce qu’il qualifie de primauté des calculs politiciens sur les souffrances quotidiennes des Sénégalais, le Fdr tient le régime Pastef pour entièrement responsable de la dégradation du climat social. En guise de conclusion, la Con­férence des leaders réaffirme son engagement à mener le combat par toutes les voies légales et républicaines. Elle lance un appel pressant aux partis politiques, à la Société civile, aux syndicats ainsi qu’aux chefs religieux et coutumiers pour «faire bloc» afin de préserver l’Etat de Droit et barrer la route aux dérives autoritaires.

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