Poursuivi pour tentative de corruption dans un dossier d’infrastructures judiciaires, l’ancien Garde des sceaux devait être le premier ex-ministre à comparaître devant la Haute cour de justice. Son audience a été reportée à mardi prochain, à la demande de sa défense qui réclamait du temps pour préparer ce procès aux enjeux inédits et historiques.
Par Justin GOMIS – C’est un premier rendez-vous judiciaire manqué, mais un répit stratégique pour la défense. Attendu ce mardi devant la Haute cour de justice dans le cadre des dossiers de la reddition des comptes, l’ancien ministre de la Justice et Garde des sceaux, Ismaïla Madior Fall, a vu son audience renvoyée à mardi prochain. L’ancien membre du gouvernement devait être la première personnalité politique à comparaître devant cette juridiction spéciale pour répondre d’accusations de tentative de corruption liées à un projet d’infrastructures judiciaires estimé à 576 millions de francs Cfa.
A la sortie de la salle, le collectif d’avocats de l’ancien ministre des Affaires étrangères n’a pas caché sa satisfaction d’avoir obtenu ce délai. Prenant la parole au nom du collectif, Me Cheikh Amadou Ndiaye s’est félicité d’une décision de justice empreinte de sagesse, réfutant toute manœuvre dilatoire. «C’est une demande fondée. Comme il s’agit d’une première devant cette juridiction et au regard des enjeux historiques de cette affaire, nous avons le devoir d’être parfaitement préparés», a-t-il déclaré, précisant que plusieurs conseils n’avaient reçu les pièces du dossier qu’au cours du week-end écoulé. «Notre objectif n’est pas simplement de défendre Monsieur Ismaïla Madior Fall, mais de bien le défendre. Il n’y a ni péril en la demeure ni raison de se précipiter.»
Au-delà de la stratégie juridique, la défense a tenu à insister sur le caractère exceptionnel et éprouvant de la procédure. Soumis à une forte pression médiatique et sociale, l’ancien Garde des sceaux vit une situation particulièrement délicate. «Ce n’est pas un délinquant. C’est quand même un ancien Garde des sceaux», a rappelé l’un de ses avocats, soulignant que le statut de l’accusé exige une approche humaine et psychologique particulière de la part de son équipe.
Ce procès revêt également une dimension historique : la Haute cour de justice ne s’est plus réunie pour juger une personnalité politique depuis plusieurs décennies. «La justice, ce n’est pas seulement les textes, c’est également une pratique, une manière de faire», a fait observer le conseil, rappelant qu’en l’absence de précédents récents, la Cour devra s’en remettre strictement à l’application de la règle de Droit.
Le fond du dossier et la question du bracelet électronique
Pour rappel, Ismaïla Madior Fall, placé sous bracelet électronique et assigné à résidence depuis mai 2025, conteste fermement l’ensemble des griefs retenus contre lui. L’affaire découle des accusations portées par l’entrepreneur Cheikh Guèye, qui affirme lui avoir versé des sommes en espèces et des avantages en nature dans le cadre d’un protocole portant sur un terrain de 9598 m² situé à Guédiawaye, réservé initialement au ministère.
Concernant la mesure de contrainte qui pèse sur son client, la défense a profité de l’audience pour demander la mainlevée du bracelet électronique. La Haute cour a choisi de joindre cette requête au fond de l’affaire. Une décision que les avocats ont accueillie avec sérénité, affirmant qu’ils s’y conformeront en attendant l’ouverture effective des débats, désormais fixée à mardi prochain.
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