La transparence et la reddition des comptes exigent la mise en détail. La restitution du Rapport Itie 2024, hier à Fatick, a donné l’illustration de cette assertion. Ainsi, Woodside Energy a déclaré avoir dépensé 354, 053 milliards F Cfa auprès de fournisseurs locaux à Fatick en 2024. Cependant, depuis trois ans, l’opérateur ne fournit aucun détail sur ces opérations. Introduisant le Rapport Itie 2024, la Gouverneure Ngoné Cissé a déploré un manque de transparence qui empêche de mesurer les retombées réelles du pétrole de Sangomar.

Par Moustapha NDIAYE – Le chiffre est posé sur la table. Dans sa déclaration au Comité national Itie, Woodside Energy annonce avoir dépensé 354, 053 milliards F Cfa auprès de fournisseurs locaux à Fatick en 2024, contre 85 milliards auprès de fournisseurs étrangers. Un montant qui pèse lourd dans les 1110 milliards F Cfa captés cette année par les entreprises sénégalaises sur l’ensemble du secteur extractif. Problème : aucun détail n’est donné de ces dépenses.

«Depuis près de trois ans, la compagnie n’a pas fourni de détail sur ces transactions, ni sur l’identité des fournisseurs locaux ni sur la nature des biens ou services échangés», a interpellé hier la Gouverneure Ngoné Cissé, lors de la présentation du Rapport Itie 2024 à Fatick. Pour l’autorité administrative, l’absence d’informations empêche toute évaluation. «Cette absence d’informations nous empêche de mesurer les véritables retombées économiques de l’exploitation pétrolière au Sénégal en matière de contenu local.»

L’enjeu est de taille. 2024 marque l’entrée du Sénégal dans la production avec le démarrage du champ offshore Sangomar en juin. Le pays a sorti 16, 9 millions de barils sur l’année. 14 millions ont été commercialisés pour plus de 641 milliards F Cfa. Entre juillet et décembre, 17 cargaisons ont été exportées, soit plus de 16 millions de barils. Le secteur extractif a généré 455, 99 milliards F Cfa, en hausse de 23% par rapport à 2023. Les hydrocarbures seuls passent de 30, 65 milliards à 77, 70 milliards F Cfa.

Dans ce contexte, la région de Fatick capte 47, 734 milliards F CFA de contribution des entreprises extractives en 2024, soit 10, 47% du total national. Un montant multiplié par trois par rapport aux 13, 342 milliards de 2023. Ngoné Cissé anticipe «un pic durant les prochaines années quand le projet Sangomar aura atteint sa maturation».

La loi n°2019-04 du 1er février 2019 sur le contenu local est censée garantir une place aux entreprises sénégalaises. Le Rapport Itie 2024 note une première : les fournisseurs locaux ont capté 1110 milliards F Cfa, devant les étrangers à 1025 milliards. Mais le cas Woodside illustre la limite de l’exercice. Sans liste des bénéficiaires, sans nature des contrats, impossible de dire combien d’emplois ont été créés, quelles Pme de Fatick ont travaillé, quels services ont été fournis.

La Gouverneure met donc la pression sur l’opérateur australien. Elle réclame l’identité des fournisseurs, le type de prestations, les montants par contrat. L’idée étant de vérifier que les 354 milliards annoncés irriguent bien l’économie régionale et ne se limitent pas à des filiales déguisées ou à des intermédiaires sans impact local.

Le Rapport Itie 2024 rappelle d’autres chantiers. Il faut opérationnaliser pleinement les fonds de péréquation et de réhabilitation des sites miniers. Il faut aussi renforcer la divulgation des données environnementales et sociales. «La préservation de la biodiversité et la protection des communautés doivent demeurer au cœur de notre action collective», a insisté Ngoné Cissé.

Le Sénégal sort renforcé de sa troisième validation Itie avec 89 points sur 100, un score «très bon». Les contrats extractifs, y compris les contrats de recherche et de partage de production, sont publiés et consultables sur les plateformes du Comité national Itie. Reste à obtenir la même clarté sur les 354 milliards de Woodside.

Correspondant