Alors que les réseaux criminels et terroristes complexifient leurs méthodes en exploitant les technologies numériques et les failles du commerce international, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) tire un bilan stratégique de son action en 2025. Entre le retrait de trois pays de la «liste grise» mondiale et le lancement d’un troisième cycle d’évaluations mutuelles plus rigoureux, l’institution régionale, qui a présenté hier son Rapport 2025, muscle son dispositif pour sanctuariser l’intégrité économique de l’espace Cedeao.

L’année 2025 restera comme un jalon-clé pour la conformité financière en Afrique de l’Ouest. Le premier motif de satisfaction réside dans le retrait réussi du Mali, du Nigeria et du Burkina Faso de la liste des pays sous surveillance renforcée (communément appelée «liste grise») du Groupe d’action financière (Gafi). Pour le Directeur général du Giaba, Edwin W. Harris Jr., ce succès historique démontre «l’importance d’un engagement politique de haut niveau, d’une action nationale coordonnée et d’un appui régional soutenu». Ces avancées redonnent de l’oxygène et de la crédibilité internationale aux économies concernées, prouvant que la région est capable de combler efficacement ses lacunes stratégiques.

Cap sur le 3ème cycle : des évaluations axées sur l’efficacité

L’autre grand chantier de l’année a été le coup d’envoi officiel du troisième cycle des évaluations mutuelles des Etats membres, inauguré par le Ghana. Fini le temps de la simple vérification des textes juridiques ; cette nouvelle phase se veut beaucoup plus exigeante. Elle met l’accent sur l’efficacité opérationnelle concrète des dispositifs nationaux et sur la pérennité des réformes institutionnelles. Pour offrir une visibilité maximale aux gouvernements, le Giaba a publié un calendrier consolidé qui guidera la stratégie régionale au cours des prochaines années.

La criminalité basée sur le commerce et les actifs virtuels dans le viseur

Face à des menaces en constante mutation, le Giaba adapte ses recherches. L’institution a formellement lancé en 2025, une vaste étude régionale sur les typologies de la criminalité financière basée sur le commerce. Les réseaux criminels délaissent en effet de plus en plus les circuits bancaires traditionnels, désormais mieux surveillés, pour injecter leurs capitaux illicites dans les flux commerciaux internationaux (qui pesaient près de 344 milliards de dollars en import/export pour la Cedeao en 2022).

Parallèlement, l’expansion des technologies financières (FinTech), des plateformes de paiement mobile et l’utilisation abusive des actifs virtuels (crypto-actifs) à des fins de financement du terrorisme font l’objet d’une vigilance accrue, notamment à travers des sessions conjointes menées avec le Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations unies.

Malgré ces indicateurs au vert, le Rapport annuel ne cache pas l’ampleur des défis sécuritaires. L’extension des réseaux terroristes dans le Sahel et le bassin du lac Tchad continue de faire peser une lourde menace. Ces groupes tirent profit de la porosité des frontières, d’une économie régionale encore massivement dominée par le numéraire et des faiblesses du contrôle des entreprises non financières et des Organisations à but non lucratif (Obnl). De plus, des pays comme le Niger et le Mali demeurent maintenus sous le régime de suivi renforcé du Giaba pour corriger leurs vulnérabilités.

Pour consolider sa résilience, le Giaba a intensifié son ancrage institutionnel en formant plus de 1600 professionnels de la région en 2025 et en opérationnalisant son centre de formation à distance à Lagos. Sur le plan financier, l’organisation affiche une santé retrouvée avec un excédent net d’un million d’unités de compte (Uc) en 2024, lui garantissant la flexibilité nécessaire pour mener à bien ses missions.

L’horizon 2026 s’annonce tout aussi dense : le Giaba entend ériger en priorités absolues le partage transfrontalier de renseignements, la transparence des bénéficiaires effectifs via le Forum Wabot, et une synergie accrue entre les administrations fiscales et les cellules de renseignements financiers (Crf). L’objectif est clair : bâtir un front uni et imperméable pour protéger la stabilité macroéconomique et le développement durable de l’Afrique de l’Ouest.

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