Domitexka-Saloum et l’enseigne Aïssa Dione Tissus ont scellé, lundi dernier à Dakar, un partenariat stratégique pour redynamiser la filière coton. Cette alliance vise à transformer localement la fibre brute en produits à haute valeur ajoutée, avec à la clé la création de 4000 emplois directs pour la jeunesse sénégalaise.
Par Amadou MBODJI – Le secteur du coton et du fil au Sénégal, jusqu’ici faiblement exploité, s’apprête à connaître un nouveau souffle. Domitexka-Saloum et Aïssa Dione Tissus ont paraphé une convention de partenariat destinée à inverser une tendance historique : l’exportation massive de la matière première sans transformation.
Rompre avec l’exportation brute
Pour Mass Thiam, Administrateur général de Domitexka, l’enjeu est avant tout économique. «Nous produisons des tonnes de coton, mais le Sénégal en transforme moins de 5%. Le reste est vendu à l’état brut à l’étranger», déplore-t-il. Cette situation prive le pays des marges bénéficiaires générées tout au long de la chaîne de valeur, jusqu’au produit fini. «C’est ce que nous essayons d’inverser en créant localement les capacités d’augmenter le potentiel de création de valeur autour du coton et du fil», explique M. Thiam.
4000 emplois pour la souveraineté économique
Au-delà de l’aspect industriel, ce partenariat porte une forte ambition sociale. La relance de l’usine de Kaolack devrait permettre de recruter 4000 jeunes. Un signal fort dans une région où l’informel domine. «Il faut avoir l’honnêteté de le dire, le premier employeur aujourd’hui à Kaolack, c’est «Monsieur Jakarta». Offrir à ces jeunes un emploi décent, c’est apporter une contribution concrète à la souveraineté du Sénégal», souligne l’administrateur de Domitexka.
De son côté, la créatrice Aïssa Dione voit en cette signature l’aboutissement d’un combat de trois décennies. «Cette réflexion dure depuis 30 ans. Mes ateliers ont été créés pour affirmer notre souveraineté nationale. L’identité sénégalaise commence par le tissage traditionnel», rappelle-t-elle. En apportant des renforcements techniques à ce savoir-faire ancestral, l’entreprise a réussi à séduire les marchés internationaux, prouvant ainsi l’excellence de l’artisanat local.
Cap sur un marché de 31, 7 milliards d’euros
L’ambition des deux partenaires dépasse les frontières nationales. Mass Thiam invite d’ailleurs le secteur privé sénégalais à une union sacrée pour capter des parts de marché à l’export. Les chiffres donnent le tournis : le marché du textile et de la confection en Afrique de l’Ouest (du Sénégal au Nigeria) est estimé à 31, 7 milliards d’euros, une demande aujourd’hui essentiellement satisfaite par les importations.
A l’échelle mondiale, les marchés européen et américain pèsent plus de 1265 milliards d’euros. «Si nous n’avons pas le réflexe de mettre en commun nos moyens financiers, techniques et logistiques, nous ne pourrons jamais rivaliser avec ces marchés matures», plaide Mass Thiam. Pour les deux signataires, l’heure est au regroupement pour bâtir des unités industrielles robustes, capables de répondre aux exigences de développement durable et de conquérir l’extérieur.
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