Vers un état civil infalsifiable ? Au terme de cinq années d’exécution du Programme Nekkal, le Sénégal consolide ses bases de données et modernise ses centres d’état civil. Au-delà des succès logistiques, les autorités mettent désormais l’accent sur la sécurisation des documents et la lutte contre la fraude, tout en plaidant pour une mise à niveau technologique urgente des zones rurales encore mal connectées.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Après cinq ans de déploiement, le Programme Nekkal tire un bilan positif de la modernisation de l’état civil sénégalais. Si les innovations technologiques et les nouvelles infrastructures marquent une rupture avec le passé, l’atelier de validation des documents de capitalisation, tenu récemment, a mis en lumière des zones d’ombre : déficit de connectivité et instabilité du personnel freinent encore l’ambition d’une dématérialisation totale. L’atelier de validation des documents de capitalisation du Programme Nekkal a offert une tribune pour une évaluation sans concession de cinq années d’intervention dans le secteur de l’état civil au Sénégal.

Représentant le ministre de l’Urbanisme, des collectivités territoriales et de l’aménagement des territoires, le con­seiller technique Pape Gorgui Thiaw a d’emblée précisé les enjeux de cette rencontre. Selon lui, «la capitalisation consiste à revisiter les actes posés par le programme, mais aussi à analyser sans complaisance les défis qui subsistent».

Des acquis structurels et technologiques

Dans son plaidoyer, M. Thiaw a mis en relief les progrès spectaculaires réalisés, notamment la construction de centres d’état civil de nouvelle génération. «Ces infrastructures ont permis de rapprocher l’Administration des usagers», a-t-il souligné, tout en saluant les vastes campagnes de formation des agents. Ces renforcements de capacités facilitent désormais l’accès des citoyens aux actes essentiels : naissances, mariages, décès et divorces.

L’innovation numérique n’est pas en reste. Le déploiement d’outils technologiques dans plusieurs centres a dopé l’efficacité du service public. Toutefois, Pape Gorgui Thiaw a insisté sur la nécessité de pérenniser ces solutions, appelant à une généralisation de la connectivité sur l’ensemble du territoire national.

Abondant dans le même sens, Mactar Ndaw, Directeur général de l’Agence nationale de l’état civil, a rappelé que le Programme Nekkal embrasse des dimensions à la fois juridiques, technologiques et humaines. Si les réformes ont permis d’équiper de nombreux centres en matériel informatique, le tableau comporte encore des zones d’ombre.

«La capitalisation, c’est aussi identifier ce qui n’’a pas fonctionné», a admis M. Ndaw avec pragmatisme. Parmi les principaux points de friction : la faiblesse du débit internet et l’absence de réseau dans certaines zones reculées. «Ces lenteurs constituent de véritables goulots d’étranglement pour la digitalisation», a-t-il déploré.

Au-delà de la technique, le facteur humain demeure une préoccupation centrale. Le Directeur général a plaidé pour une stabilisation du personnel : «Il est impératif de disposer d’agents qualifiés et pérennes.» Il a notamment pointé du doigt l’inadéquation de certains profils et la forte mobilité du personnel qui fragilisent la continuité du service.

La lutte contre la fraude : un impératif de crédibilité

Un autre défi de taille a été soulevé : la sécurisation des données. Pour éradiquer la fraude documentaire, Mactar Ndaw a annoncé le renforcement des systèmes de contrôle. L’ambition est claire : garantir l’authenticité des actes grâce à des mécanismes de vérification rigoureux, «comparables à ceux utilisés pour les passeports ou les diplômes». Si les participants s’accordent sur la réussite globale du Programme Nekkal, le sentiment dominant reste celui d’une étape franchie plutôt que d’une ligne d’arrivée. La modernisation de l’état civil sénégalais demeure un chantier permanent, exigeant une synergie constante entre infrastructures de qualité, technologies de pointe et gouvernance rigoureuse.

latifmansaray@lequotidien.sn