L’intervention de Pape Momar Lô n’est pas un exercice isolé. Elle est le premier acte d’une présence sénégalaise soigneusement mise en scène au Cap. Le ministère de l’Energie et du pétrole a obtenu le statut de partenaire «Platinum» de l’Aew 2026. Le ministre El Hadji Abdourahmane Diouf conduit la délégation et est attendu ce mercredi 14 octobre avec des cadres, techniciens et opérateurs du monde des hydrocarbures sénégalais pour attirer les investisseurs. Le message attendu est celui d’un pays qui veut passer de la découverte à l’exploitation à grande échelle.
Le champ pétrolier de Sangomar a produit 17, 9 millions de barils au premier semestre 2026, et le pays vise 31, 6 millions de barils sur l’année. Le projet Gta est entré en production. Petrosen a pris, en avril, le contrôle total du gisement de Yakaar-Teranga et de ses réserves estimées à 25 000 milliards de pieds cubes. La compagnie nationale a aussi lancé sa première campagne d’exploration à terre en tant qu’opérateur, dotée de 100 millions de dollars.
Le Sénégal arrive au Cap avec une offre d’exploration considérable et s’inscrit dans la dynamique qui avait rythmé la participation de notre pays à ce rendez-vous énergétique majeure au temps où Mouhamadou Makhtar Cissé ou Sophie Gladima Sy conduisait le secteur énergétique. Après la refonte de sa carte minière, le pays compte 113 blocs à terre et en mer dont seulement quatre sont sous contrat. Le gouvernement en présente donc 109 aux investisseurs. Eni a déjà signé un accord pour évaluer cinq blocs offshore. Une table ronde «Invest in Senegal» doit en outre examiner comment Gta, Sangomar et Yakaar-Teranga peuvent servir l’industrialisation et la souveraineté énergétique sous-régionale.
Souveraineté et partenariat
On voit alors la cohérence de l’ensemble. Les blocs proposés à l’exploration sont la promesse de demain. Sangomar, Gta et Yakaar-Teranga sont la preuve d’aujourd’hui. Le réseau gazier est le lien entre les deux, l’outil qui permet aux molécules extraites au large de créer de la valeur dans le pays. Le gouvernement sénégalais, dans sa dynamique au Cap, ajoute une exigence de contenu local. L’objectif est de porter à 50% la part des biens et services fournis par des entreprises sénégalaises dans le secteur des hydrocarbures d’ici 2030. Le secteur privé national doit prendre une place plus importante dans la chaîne de valeur avec un accompagnement de l’Etat. C’est donc une session «Invest in Senegal», où plusieurs directeurs et cadres du secteur des hydrocarbures sénégalais sont attendus, que le ministre Abdourahmane Diouf présidera à l’Aew 2026. M. Diouf veut que le secteur privé national prenne une place plus importante dans la chaîne de valeur. Ce discours de souveraineté peut sembler contradictoire avec une recherche active de capitaux étrangers. Il ne l’est pas forcément. Les pays qui ont réussi leur transition gazière ont souvent combiné un Etat stratège, propriétaire des grands choix, et des partenaires privés chargés de financer et d’exécuter.
La conjoncture rend l’exercice délicat. Pendant la même session de la «Deal room», Derek Boulware, de Welligence Energy Analytics, a recensé plus de 14 milliards de dollars de transactions pétrolières et gazières en Afrique subsaharienne, ainsi que 14 opportunités sur le marché et plus d’une centaine de transactions potentielles dans 19 pays. L’Afrique de l’Ouest en concentre la plus grande part. Il a toutefois prévenu que les vents contraires macroéconomiques pourraient ralentir le rythme. Premier Invest, de son côté, présentait 15 projets africains cherchant plus de 16 milliards de dollars. Le capital existe, mais il fait son choix entre de nombreux projets. Le Sénégal n’est pas seul à frapper à la porte.
Ce que le Cap retiendra
Le Sénégal a un atout que beaucoup d’autres n’ont pas encore : la cohérence d’un récit qui s’appuie sur des actes. Il produit déjà du pétrole et du gaz, il a lancé la construction de son réseau et il dispose d’une carte d’exploration presque vierge. Il lui reste à tenir ses délais. Il devra également réussir les indemnisations et faire en sorte que le gaz de Gandon se traduise un jour sur la facture des ménages et le bilan des usines. «Nous construisons un pays», a dit Pape Momar Lô.
Au Cap, les investisseurs ont entendu l’ambition, et ils attendent maintenant les résultats. Le gaz sénégalais a longtemps été une affaire de gisements et d’exportations. Il doit désormais devenir une affaire de réseau, et un réseau se juge sur ce qu’il délivre effectivement.
