Devant un parterre de hautes autorités et de diplomates, Mahamadou Mansour Mbaye a profité de la rentrée solennelle des Cours et tribunaux pour délivrer un message de fermeté. Le Premier président de la Cour suprême a défendu une magistrature qui refuse de céder aux pressions de l’opinion, érigeant la distance et la loi en remparts de la démocratie : une Justice «insoumise aux emballements» de l’époque. Le haut magistrat a reconnu la difficulté d’exercer la Justice dans une société de l’instantanéité où les décisions sont systématiquement «exposées, parfois remises en cause». Pour lui, l’institution doit rester un pôle de stabilité : «Il appartient à l’institution judiciaire de tenir sa juste place. Cette place ne se négocie pas avec l’émotion, elle ne se donne pas à la clameur. Elle se gouverne par la loi, la constance et la mesure.» Il a ainsi défini l’identité de la Justice sénégalaise pour l’année à venir : une institution «consciente de son époque, mais insoumise à ses emballements».
La retenue contre la «trahison du Droit»
Face aux critiques pointant parfois une certaine lenteur ou un mutisme judiciaire, Mahamadou Mansour Mbaye a vigoureusement défendu le temps de la réflexion. Selon lui, la Justice doit avancer à son propre rythme pour rester juste. Sur la marche de l’institution ? «Elle progresse avec retenue, non par crainte, mais par respect pour une charge plus lourde qu’elle-même.» Sur les dangers de l’urgence ? «Toute précipitation est une trahison du Droit.» Sur la tentation du populisme ? «Toute complaisance avec l’air du temps est une abdication de sa mission.» Ce plaidoyer vise ceux qui, selon le président, «voudraient que la justice se fasse plus bruyante et plus prompte à épuiser les impatiences du moment».
L’indépendance : «Une garantie offerte à chaque justiciable»
Pour conclure, le Premier président de la Cour suprême a tenu à expliquer le concept d’indépendance de la Magistrature, trop souvent perçu comme un privilège corporatiste. Il a rappelé avec force que cette autonomie appartient avant tout au Peuple : «Son indépendance n’est ni un privilège ni une protection personnelle pour le magistrat. Elle est une exigence constitutionnelle, une garantie offerte à chaque justiciable.» Par ces mots, il réaffirme que le magistrat n’est pas au-dessus des autres, mais qu’il est doté d’outils spécifiques pour assurer la protection de tous.
