C’est un véritable coup de théâtre qui a secoué les couloirs du Pool judiciaire financier hier. Alors que l’élargissement de Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom, semblait acté, un recours de dernière minute du Parquet a douché les espoirs du député et de ses partisans. Tahirou Sarr, son co-prévenu, a par contre passé la nuit d’hier chez lui.

Une liberté provisoire de courte durée. La matinée avait pourtant commencé hier sous de meilleurs auspices pour le camp de Farba Ngom. Le juge d’instruction avait en effet rendu une ordonnance de mise en liberté provisoire assortie d’un contrôle judiciaire en faveur du parlementaire, qui était aux soins au moment de la décision. Mais la joie fut de courte durée. Entre-temps, les choses ont radicalement évolué : le procureur financier près le Pool judiciaire financier a décidé d’interjeter appel de cette décision, bloquant ainsi l’exécution de l’élargissement.

«Deux poids, deux mesures» : la colère de la défense

Face à la presse, l’avocat de Farba Ngom, Me Baboucar Cissé, n’a pas caché son indignation. Ce qui crispe particulièrement la défense, c’est le traitement différencié entre les deux principaux mis en cause dans ce dossier. «Le procureur financier a relevé appel de l’ordonnance de mise en liberté provisoire de M. Farba Ngom. Mais, curieusement, il n’a pas relevé appel pour Tahirou Sarr. Cela veut dire, en termes clairs, que Tahirou Sarr va aujourd’hui sortir de prison (hier), pendant ce temps, Farba Ngom va rester encore en prison», a fustigé la robe noire.

Un mois de détention supplémentaire en vue

Selon Me Cissé, cet appel de «dernière minute» est la preuve d’une «volonté manifeste» de maintenir son client derrière les barreaux. Conséquence directe de cet acte du Parquet : Farba Ngom devrait rester en détention pour au moins un mois supplémentaire, le temps que la Chambre d’accusation, à nouveau saisie, ne tranche le différend.

Cette situation soulève de nombreuses interrogations chez les conseils du député, qui rappellent que les dossiers des deux hommes sont intrinsèquement liés. Pour l’heure, l’attention se tourne vers la Chambre d’accusation qui aura le dernier mot sur ce bras de fer entre le juge d’instruction et le Parquet financier.

Rappel des faits : une affaire de gros sous et d’immobilier

L’affaire qui lie Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom (député et figure centrale de l’ancien régime), et l’homme d’affaires Tahirou Sarr, repose sur des accusations de détournement de deniers publics, d’escroquerie portant sur les deniers publics et de blanchiment de capitaux.

1. L’origine de l’enquête : l’instruction porte sur des transactions financières massives estimées initialement à 125 milliards de F Cfa. Le Parquet soupçonnait ces fonds d’être d’origine illicite ou d’avoir été soustraits des caisses de l’Etat à travers des mécanismes complexes. Lors de son audition au fond en décembre 2025, Tahirou Sarr a fermement contesté ces accusations. Il a soutenu que les fonds en question ne provenaient pas du Trésor public mais de transactions immobilières privées parfaitement licites. Pour étayer ses dires, il a présenté des justificatifs portant sur un montant global de 236 milliards de F Cfa, soit bien plus que le montant incriminé, afin de démontrer la transparence de ses activités commerciales. Le député Farba Ngom a été cité dans ce dossier en raison de ses liens étroits avec l’homme d’affaires et de flux financiers suspects qui auraient transité par lui. Son avocat, Me Baboucar Cissé, a toujours clamé que son client a été «lavé de tout soupçon» par les déclarations de Tahirou Sarr, affirmant qu’aucun franc appartenant à l’Etat n’était en cause.

Il est à noter que durant la procédure, Farba Ngom a dû faire face à des soucis de santé, se présentant même à certaines auditions en ambulance, ce qui avait déjà poussé ses conseils à demander sa mise en liberté pour des raisons humanitaires et médicales.

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