Située dans le département de Goudiry (région de Tambacounda), la commune de Kothiary est aujourd’hui plongée dans une psychose sans précédent. Jadis havre de paix et carrefour commercial reconnu pour son marché hebdomadaire, la localité est devenue le terrain de jeu de bandes organisées. Face à la multiplication des vols avec effraction, les habitants interpellent directement le ministre de l’Intérieur.
Par Abdoulaye FALL – Le modus operandi des malfaiteurs est à la fois chirurgical et audacieux. A Kothiary, le sommeil des braves est désormais peuplé de cauchemars. Le grand banditisme y gagne du terrain à pas de géant, avec une méthodologie qui témoigne de l’audace des malfrats. La dernière victime en date est Ami Tine, une commerçante établie au centre-ville. Dans la nuit de lundi à mardi, son établissement a été la cible d’un raid spectaculaire.
Les assaillants ne se contentent plus de forcer des serrures ; ils s’attaquent désormais même aux structures des bâtiments. En passant par la toiture, qu’ils ont littéralement démantelée avec des moyens techniques importants, ils ont fait main basse sur un stock considérable de marchandises. «L’Etat doit trouver une solution. Ma boutique a été vandalisée, tout a été emporté», s’étrangle la commerçante, encore sous le choc de constater les débris de son outil de travail.
La pharmacie, symbole d’une impunité persistante
Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Il y a moins de trois mois, la pharmacie de la commune subissait exactement le même sort. Le scénario était identique : une intrusion par le toit et un préjudice financier se chiffrant à plusieurs millions de francs Cfa. Malgré la gravité des faits, l’enquête semble au point mort, aucune piste fiable n’ayant permis de remonter jusqu’au gang. Cette récurrence installe un sentiment d’abandon profond. «Demain, à qui le tour ?», s’interrogent les riverains. Outre le grand banditisme, la commune doit également faire face à une délinquance juvénile qui s’installe durablement, profitant de l’absence de structures d’encadrement et de répression.
Un désert sécuritaire dénoncé par les populations
Le diagnostic des populations est sans appel : Kothiary est un angle mort de la sécurité publique. Malgré son importance économique et son marché hebdomadaire drainant des commerçants de toute la sous-région, la commune ne dispose ni de brigade de gendarmerie ni de poste de police permanent. «Les seules fois où nous voyons des gendarmes, c’est à l’entrée de la commune pour le contrôle routier», se désole un habitant. Cette absence de Forces de l’ordre à l’intérieur du périmètre communal offre un boulevard aux malfrats qui agissent sans crainte d’une intervention rapide. Le sentiment d’être «laissés à nous-mêmes» alimente une colère qui gronde derrière la peur.
L’attractivité économique en péril
L’image de Kothiary, autrefois pôle d’attraction, est en train de se ternir. La peur a remplacé la ferveur des jours de marché. «Personne ne veut plus séjourner ici. Le banditisme et la délinquance sont devenus la gangrène de la commune», fulmine une habitante rencontrée devant la boutique de Ami Tine.
Si le traumatisme est pour l’instant matériel, les populations craignent que l’escalade de la violence ne mène à un drame humain. L’appel lancé au ministre de l’Intérieur est un cri d’alarme ultime : il est urgent de «prendre le taureau par les cornes» avant que l’irréparable ne se produise.
afall@lequotidien.sn
