Hier, au cours de la rencontre des six candidats au poste de Secrétaire général, Macky Sall, le seul candidat africain, a pu faire étalage de son expérience politique internationale, qui n’a pas eu à rougir face à ses concurrents. Bien au contraire, il a même pu damer le pion aux autres sur les questions économiques.

Par M. G. – Macky Sall, candidat à la succession de Antonio Guterres au poste de Secrétaire général des Nations unies, a eu l’opportunité de présenter devant les représentants des pays membres de l’Onu, ainsi que devant un nombreux public de différentes parties prenantes, sa vision de l’organisation onusienne, ainsi que ses ambitions pour sa réforme et son évolution pour les cinq prochaines années. C’était hier, au cours d’une Réunion publique, dans la salle de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

Face à 5 autres concurrents, venus tous des pays d’Amé­rique latine, l’ancien Président sénégalais ne s’est pas mal défendu, et il a pu présenter ses idées de manière claire et cohérente. Là où chacun des candidats jouait sur les points forts tirés de ses anciennes fonctions, le Président sénégalais sortant a eu la chance d’être assez récemment départi de ses anciennes fonctions régaliennes, et il les avait encore en mémoire.

Ainsi, à la différence d’une Michelle Bachelet, ancienne dirigeante du Chili, mais qui a pendant longtemps été à la tête du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, et dont les préoccupations ont été principalement orientées vers les questions des droits humains, ou de l’Argentin Rafael Grossi, qui a voulu faire étalage de son expérience à la tête de l’Aiea dans la prévention d’un conflit nucléaire mondial, Macky Sall a semblé à l’aise pour répondre à plusieurs préoccupations.

La question cruciale de la réforme de l’Onu ne l’a pas pris au dépourvu, et il a affirmé que sa première préoccupation au lendemain de sa nomination, sera de rétablir la confiance des Etats envers cette organisation. Il a opiné comme tous sur le besoin d’une Onu plus réduite en personnel, mais plus forte et plus efficace dans ses interventions. Notamment dans ses interventions dans les zones de conflit. La réforme du Conseil de sécurité dont, comme ses concurrents, il a reconnu qu’elle dépassait le cadre des attributions du Secrétaire général, ne l’a pas laissé indifférent, car il a affirmé qu’il usera de l’influence de sa fonction pour favoriser le dialogue entre les différentes parties pour sortir de l’impasse actuelle.

Mais là où l’on a senti le prédécesseur de Diomaye Faye, ce fut sur la question de l’endettement des pays en développement. Il a notamment souligné que le «poids de la dette pour les pays en développement est moins dû à l’ampleur de la dette qu’aux conditions de la dette. C’est-à-dire que les pays en développement, malheureusement, s’endettent 5 fois, voire 8 fois plus cher que les pays développés. Et cela est dû aux mécanismes qui sont en place».

Pour introduire plus de justice et rétablir la confiance de tous, il rappelle la nécessité d’ouvrir un cadre de dialogue ou de concertation entre tous les acteurs concernés. «Cette concertation devra aussi impliquer les agences de notation qui doivent travailler de concert avec les Etats membres, avec les bailleurs multilatéraux, le secteur privé, la Société civile, les institutions de Bretton Woods, pour que nous définissions tous un cadre approprié pour un accès équitable aux conditions financières.»

Pourquoi tous ces efforts ? «On le sait, le financement public ne répond plus aux attentes, surtout qu’il a baissé drastiquement. Il faut donc associer le financement privé et mitiger le risque. Et faire en sorte que les pays, par l’investissement privé, par le partenariat, puissent davantage permettre à tous de faire de ce monde un endroit plus sûr et plus prospère.»

Il faut souligner que Macky Sall s’est également distingué par un autre élément. Dans un forum où tous les concurrents ainsi que les deux modérateurs s’exprimaient en anglais, l’homme d’Etat sénégalais a choisi de parler dans la langue de Molière. Il est vrai que celle-ci est l’une des 5 langues officielles des Nations unies et que le service de traduction instantanée fonctionnait bien. Macky Sall s’est toutefois remis à l’anglais quand il s’est agi de présenter son adresse de conclusion. Dans un cadre où tout est politique, on ne peut encore préjuger de ce que cet élément pourrait lui apporter. Les autres candidats, bien que tous Latino-américains, avaient préféré adopter l’anglais comme langue d’expression.