Au Sénégal, la migration féminine prend une ampleur inquiétante : 66% des femmes migrantes voyagent désormais seules, s’exposant à des risques majeurs d’exploitation et de traite. Lors du lancement de la phase II du programme «Rendre la migration sûre pour les femmes» ce jeudi à Dakar, l’Oim a tiré la sonnette d’alarme sur la vulnérabilité de ces parcours, tout en plaidant pour une gouvernance migratoire plus protectrice et inclusive. Entre dynamiques économiques et regroupement familial, la migration des femmes au Sénégal représente 33% des flux observés par l’Oim entre 2024 et 2025. Si l’expatriation reste un levier d’autonomisation, elle demeure semée d’embûches.
L’Organisation internationale pour les migrations (Oiù) a lancé, ce jeudi à Dakar, la phase II du programme «Rendre la migration sûre pour les femmes». A cette occasion, l’organisation a alerté sur la vulnérabilité croissante des migrantes sénégalaises dont une large majorité voyage sans accompagnement, s’exposant ainsi aux réseaux de traite et aux violences basées sur le genre. Lors du lancement de cette nouvelle phase, Aïssata Kane, cheffe de mission de l’Oim pour plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, a dressé un constat alarmant : 66% des femmes migrantes voyagent seules. Cet isolement renforce leur exposition aux abus, aux violences et aux réseaux de trafic d’êtres humains. Selon les données collectées par l’Oim entre décembre 2024 et décembre 2025 : 2500 mouvements migratoires ont été observés au Sénégal, 33% de ces flux concernent des femmes et 28% de ces migrantes sont des adultes.
Les moteurs de l’exil : économie et famille
Le profil migratoire féminin au Sénégal est porté par deux leviers principaux. Pour 39% des femmes interrogées, la migration est une quête de meilleures conditions de vie, tandis que 36% invoquent le regroupement familial. «La migration peut être un levier d’autonomisation économique. Toutefois, ces parcours sont marqués par des risques majeurs : exploitation, violences basées sur le genre et précarité extrême», a souligné Aïssata Kane.
Situé sur les routes de l’Atlantique vers les îles Canaries et en direction du continent américain, le Sénégal joue un rôle pivot. Il est à la fois un pays d’origine, de transit, de destination et de retour. Cette position stratégique a poussé les autorités sénégalaises à réviser leurs engagements dans le cadre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, en vue de la revue mondiale prévue en mai prochain.
Vers une réintégration sensible au genre
L’Oim insiste également sur l’importance d’intégrer la dimension genre dans les politiques de retour. En 2025, sur 4200 retours assistés au Sénégal, 466 concernaient des femmes. Ces dernières nécessitent des mécanismes d’accompagnement spécifiques pour réussir leur réinsertion sociale et économique. Pour conclure, Aïssata Kane a plaidé pour une gouvernance concertée : «La migration est une question transversale. Sa gestion nécessite une collaboration entre les institutions publiques, la Société civile et les organisations internationales, pour qu’elle devienne un choix sûr et un moteur de développement durable.»
