A moins de cinq ans de l’échéance fixée par l’Agenda 2030, la Société civile sénégalaise veut faire entendre sa voix. Réunis lors d’un atelier national de partage et de validation du rapport alternatif de la Société civile sur la Revue nationale volontaire (Rnv) 2026, les participants ont dressé un état des lieux des progrès réalisés par le Sénégal dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (Odd).
Pour Ibrahima Kane, Directeur exécutif du Congad, cette démarche répond à la nécessité d’apporter une lecture indépendante et participative des politiques publiques. «Cette rencontre constitue une étape importante dans la contribution de la Société civile au suivi de l’Agenda 2030. A moins de cinq ans de l’échéance, il est essentiel de disposer d’une analyse indépendante, participative et inclusive permettant d’identifier les avancées, les défis persistants et les recommandations nécessaires pour accélérer l’atteinte des objectifs», a-t-il déclaré à l’ouverture des travaux.
Selon lui, le rapport soumis à validation est le résultat d’un vaste processus de consultation mené dans plusieurs régions du Sénégal. «Il reflète les préoccupations et aspirations des citoyens recueillies à travers les territoires. Les échanges d’aujourd’hui permettront de l’enrichir davantage avant sa transmission dans le cadre du processus national», a-t-il ajouté.
Du côté de l’Etat, le coordonnateur de l’Unité de coordination et de suivi de la politique économique au ministère de l’Economie, Souleymane Sow, a rappelé que le Sénégal s’apprête à présenter sa troisième Revue nationale volontaire, après celles de 2018 et 2022. Cette édition intervient dans un contexte particulier marqué par le lancement de la stratégie Sénégal 2050. «Cette revue coïncide avec le début de la mise en œuvre de notre nouveau référentiel de développement qui met l’accent sur le capital humain et l’équité sociale», a-t-il expliqué.
A l’en croire, plusieurs indicateurs affichent des résultats encourageants. «Le Sénégal a réalisé des progrès importants en matière d’accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’éducation et à la protection sociale. Ce sont des secteurs où les résultats sont visibles aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural», a-t-il souligné.
Toutefois, il reconnaît que des efforts restent à fournir dans des domaines comme les infrastructures, l’industrie, la connectivité et l’aménagement du territoire. «Ce sont des pôles de vigilance que nous devons adresser si nous voulons être au rendez-vous de 2030», a-t-il indiqué.
Le plaidoyer pour une inclusion réelle des personnes handicapées
L’un des temps forts de la rencontre a été l’intervention de Cheikh Ibrahim Seck, Directeur pays de Sightsavers Sénégal, qui a insisté sur la nécessité de mieux intégrer les personnes handicapées dans les politiques publiques. «Notre présence ici vise à nous assurer que la dimension handicap est effectivement prise en compte dans le suivi des Odd. Lorsqu’on parle de handicap, il faut considérer toutes les formes de handicap : physique, visuel, auditif ou intellectuel», a-t-il rappelé.
Pour lui, les défis demeurent nombreux. «Les personnes handicapées ont besoin d’un meilleur accès à l’éducation, à la formation professionnelle, à l’emploi décent et au financement. Les programmes existants ne sont pas encore totalement accessibles à toutes les catégories de personnes handicapées», a-t-il regretté.
Le responsable de Sightsavers a également insisté sur l’importance des statistiques inclusives. «Aujourd’hui, beaucoup de données sont produites au Sénégal, mais la prise en compte du handicap reste encore insuffisante. C’est pourquoi nous accompagnons l’Etat dans la production de données désagrégées afin que personne ne soit invisible dans les politiques publiques», a-t-il expliqué.
Au terme des échanges, un constat semble faire consensus : l’atteinte des Odd dépendra de la capacité du Sénégal à réduire les inégalités sociales et territoriales, tout en renforçant l’inclusion des groupes les plus vulnérables. A travers son rapport alternatif, la Société civile entend ainsi contribuer au débat national et porter la voix des citoyens dans le processus de suivi des engagements internationaux du Sénégal. Un exercice qui, selon les participants, doit permettre d’orienter les décisions publiques afin que le principe fondateur des Odd -Ne laisser personne de côté- devienne une réalité à l’horizon 2030.
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