Macky Sall peut-il devenir le prochain Secrétaire général de l’Onu malgré les ombres de son magistère qu’on lui ressort ? C’est tout l’enjeu de son audition marathon à New York d’hier. Devant un auditoire de la Société civile, l’ancien Président s’est livré à une véritable opération de déminage : justifiant la fermeté de l’Etat face à la «violence politique» et a appelé à tourner la page tout en se disant prêt à affronter la justice si l’amnistie venait à être levée. Un exercice d’équilibriste entre héritage douloureux et projection diplomatique. Entre défense du bilan sécuritaire et diplomatie des valeurs, l’ancien Président face à son destin onusien.
Par B. SAKHO – En pleine offensive diplomatique pour le poste de Secrétaire général des Nations unies, Macky Sall a choisi la ville qui ne dort jamais pour briser le silence. Face à une Société civile incisive, l’ancien Président du Sénégal a défendu son bilan avec une fermeté rare, balayant les accusations de répression pour se poser en gardien des institutions. Entre défi lancé au nouveau pouvoir de Dakar sur la loi d’amnistie et équilibre subtil sur les droits humains, Macky Sall livre un plaidoyer de «vérité», tentant de transformer ses crises intérieures en un actif de leadership mondial.
A 48 h de son audition décisive pour sa candidature à l’Onu, prévue demain, il n’a pas fait dans une langue en bois… massif pour parler de son passé de chef d’Etat et des actes qu’il a posés qui devraient le rendre inéligible au niveau international, d’après ses détracteurs. C’est un Macky Sall combatif, endossant tour à tour les habits de l’ancien chef de l’Etat, garant de l’ordre institutionnel et de diplomate chevronné, qui s’est présenté hier devant la Société civile à New York. En pleine campagne pour le poste de Secrétaire général des Nations unies, l’ex-Président sénégalais a choisi la stratégie de la confrontation directe avec les dossiers les plus brûlants de son magistère.
Interpellé sur les manifestations sanglantes ayant marqué la fin de son second mandat, Macky Sall a rejeté toute responsabilité personnelle avec une vigueur inédite. Pour lui, le récit des «meurtres d’Etat» est une construction politique dénuée de fondement juridique. «On ne peut pas accuser le président de la République qui est au sommet de la pyramide, qui a défendu la République et dire qu’il est responsable de meurtres. De quels meurtres est-il responsable ? Le Président a-t-il donné l’ordre à qui que ce soit d’aller tuer des jeunes ?»
L’ancien chef de l’Etat a opéré un retournement tactique de taille en lançant un défi direct au nouveau régime de Pastef concernant la controversée loi d’amnistie (qu’il avait lui-même impulsée). «Si les gens veulent revenir sur les événements, il y a des moyens. Il faut abroger la loi d’amnistie. A ce moment, les dossiers ressortent. On saura qui est qui, qui a fait quoi.» Il a invoqué la justification sécuritaire en dressant un inventaire des destructions subies (maisons brûlées, sièges de médias saccagés, Université de Dakar incendiée) pour justifier la riposte étatique : «La survie de la République était engagée.»
Face aux critiques l’accusant d’avoir utilisé cette loi pour s’auto-protéger, Macky Sall a présenté le texte comme un acte de générosité politique ultime, pris contre l’avis de ses propres partisans. «J’ai agi comme chef d’Etat en regardant seulement la volonté du pays. Quel était l’intérêt du Sénégal ? Ce n’était certainement pas de laisser des gens en prison, de laisser un pays en feu et de partir», dit-il. Selon lui, cette amnistie a permis une transition pacifique et a ouvert la «voie royale» aux urnes : «Ils ont participé aux élections et ils ont gagné démocratiquement. C’est le Peuple qui donne, ce n’est pas par la rue qu’on va acquérir le pouvoir.»
Par ailleurs, il a été interpellé sur les droits Lgbtq+. C’est sans doute le volet le plus scruté par les membres de l’Onu. Comment concilier les valeurs culturelles sénégalaises avec les standards internationaux ? Macky Sall a prôné une approche de «respect mutuel» sans concession sur la souveraineté. «Nous avons les droits humains et la Charte des Nations unies… ce principe doit être consacré et défendu. Il ne faut pas que ces sujets soient imposés. Je n’ai jamais accepté qu’ils me soient imposés en tant que Président», dit-il. Il note que même aux États-Unis, le débat «n’est nulle part achevé», citant les revirements administratifs sur la question du genre.
Loin de l’image de l’homme d’Etat distant, Macky Sall a admis subir des «agressions verbales et physiques», les qualifiant de simples «règles du jeu» en politique. «J’ai vu des gens se permettre des campagnes pour calomnier. Mais comme je suis un homme politique, j’accepte tout cela… Je suis suffisamment préparé pour faire face à des situations de ce genre.»
Aujourd’hui, Macky Sall tente un pari audacieux : transformer son passif sécuritaire intérieur en une preuve de sa capacité à maintenir la stabilité dans des contextes de crises extrêmes. En appelant à «regarder vers l’avenir», il espère que la Communauté internationale retiendra de son passage la solidité des institutions sénégalaises plutôt que les déchirures du passé.
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