Moussa Abdoulaye Ndiathie a été rappelé à Dieu le vendredi 26 décembre 2025 aux Urgences de l’Hôpital principal de Dakar, à l’âge de soixante-dix ans, entouré de ses parents et de ses amis. De son «exil» mauritanien de plus d’un quart de siècle, Allah le Très Miséricordieux lui a fait la grâce d’un transfert sanitaire d’urgence à Dakar où il a pu revoir ses proches une dernière fois.
Il est parti comme il a vécu. Dans la sobriété et la dignité.
Pourtant, pour ceux qui le connaissaient, de son Dioudé Diabé natal à l’Université de Dakar en passant par le Lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque, Moussa Abdoulaye Ndiathie était un homme aux qualités humaines exceptionnelles, un intellectuel philosophe sagace et un penseur politique remarquable.
Moussa se caractérisait par sa simplicité, son humilité, sa générosité, son empathie, son sens de l’humour et de la taquinerie. Il savait rire, consoler et encourager. Dans les moments d’incertitudes, il trouvait toujours le mot juste pour rallumer une étincelle et redonner l’espoir, le ton badin pour dérider une atmosphère tendue. Il n’hésitait pas à attribuer à ses amis -qui acceptaient ses plaisanteries de gaieté de cœur- des noms ou des expressions bien sentis.
Il désignait l’un de ses amis sous l’appellation «Savimbi» en référence au guérillero et homme politique angolais afin de qualifier ce qu’il percevait comme le caractère réactionnaire de ses prises de position. Un autre était surnommé «Carlos» par allusion au terroriste et mercenaire vénézuélien en raison de la rudesse de ses propos et de ses attitudes lors des échanges. Un troisième, enfin, était décrit comme ayant «deux pieds gauches», expression visant à souligner les maladresses de ce dernier lorsqu’il pratiquait le football.
Les concernés se reconnaîtront sans doute dans ces caractérisations fleuries et je ne peux m’empêcher d’en citer quelques-uns : Abdoulaye Sy, Samba Demba Ndiaye, Mamoudou Ciré Ly, Djibril et Hamidou Agne, Mamadou Diong, Ousmane Ndiadé, Mamadou Sy Albert…
Moussa était également philosophe et intellectuel. Un esprit rare. Il maîtrisait la dialectique et la maïeutique, mais abhorrait la sophistique et la rhétorique. Il ne se bornait pas à penser : il savait écouter et questionner. Son dessein n’était pas seulement de convaincre, mais de comprendre et de partager ses idées. Discret mais profondément engagé, il faisait partie de ces rares intellectuels qui éclairent les consciences sans jamais chercher la lumière. Il se tenait à l’écart des projecteurs et des feux de la rampe, se détournant des titres et de la renommée. Il préférait fréquenter les cercles où la pensée et les idées se cultivent, éclosent et se transmettent dans le silence.
Son intelligence se caractérisait par un esprit critique aigu, une rigueur de raisonnement constante, une curiosité toujours en éveil, une capacité d’abstraction affirmée et une remarquable clarté d’expression. Ces qualités intellectuelles allaient de pair avec des qualités morales solidement ancrées : humilité, sincérité, courage des convictions et autonomie de pensée.
Moussa était enfin un penseur politique. Je ne dis pas un homme politique, encore moins un politicien. A rebours de certaines figures de la scène publique, il n’a jamais envisagé la politique comme une arène de gladiateurs en quête de militants, de suffrages ou de strapontins. Dans son entendement, il fallait penser avant d’agir et parfois même s’abstenir au lieu d’agir, convaincu que les idées mal mûries engendrent plus de dégâts que l’inaction.
Comme la plupart des étudiants engagés des années 70 et 80, il se proclamait révolutionnaire et marxiste-léniniste. Pourtant, sortant des sentiers battus, il avait opté pour le trotskisme. Pour ma part, j’étais résolument d’obédience maoïste. Il fit cependant le pari audacieux de me «convertir» aux idées politiques professées par Léon Trotski. Il me souvient la nuit blanche que j’ai passée avec lui à débattre pied à pied, idées contre idées, arguments contre arguments. Avant le lever du jour, ébranlé, je basculais finalement dans son «camp».
Je passais donc du maoïsme trotskisme et adhérais à la Ligue communiste des Travailleurs (Lct) où, avec des camarades dont certains se sont fait un nom sur l’échiquier politique national, nous avons agité les idées de la «révolution permanente» et cloué au pilori la thèse du «socialisme dans un seul pays». Parmi ces anciens camarades, qui savent de quoi je parle, je voudrais citer : Feu Pr Malick Ndiaye, Mamadou Sarr Doudou, Mahmout Saleh, Chérif M. M. Ly, Ada Pouye, Ibou Mbaye, Pape Ndiaye, Oumar Sarr (du Parti communiste international-Pci de France, organisation équivalente à la Lct au Sénégal). La liste est loin d’être exhaustive.
La révolution tant espérée n’a pas été au rendez-vous et les trajectoires ont divergé. Néanmoins, les idées généreuses, les aspirations à la justice, à l’égalité et au progrès du pays et de ses citoyens sont restées intactes en chacun d’entre nous.
Quant à Moussa, sa curiosité intellectuelle, sa générosité, son sens du prochain et sa fidélité en amitié sont demeurés constants. Au fil de ces dernières années, ces qualités humaines ont renforcé, chez le musulman sincère qu’il était, la sincérité de sa foi, sa piété ardente et son attachement profond à la lecture du Saint Coran dont il psalmodiait les versets avec clarté, pureté et suavité.
Je présente mes condoléances à sa famille, à ses amis d’enfance et à ses compagnons en priant qu’Allah, Seigneur des Mondes, l’accueille dans le Paradis le plus illuminé.
Adieu mon ami.
Thierno Mohamadou
Baba LY
lythierno1955@gmail.com