A quelques blocs de Central Park, le quartier de Harlem vibre à l’unisson avec Dakar. Entre maillots nationaux, effluves de «tiep bou dien» et ferveur collective, toute la communauté ouest-africaine se mobilise derrière les Lions de la Teranga à quelques heures du choc face aux Bleus.

Au nord de Central Park, entre le Malcolm X Boulevard et le Frederick Douglass Boulevard, s’est établie depuis plus de quarante ans, une véritable excroissance de Dakar, à plus de 6000 kilomètres de ses bases. Bienvenue à Harlem, dans le «Petit Sénégal». Ici, on parle wolof ou bambara. Les restaurants s’appellent Savane d’Afrique ou Toubab. La boutique de vêtements Petit Sénégal offre, en français dans le texte, ses services pour «femme chic» et «époux responsable». Le marché bigarré des échoppes -qui propose habituellement des arachides, des mangues, du mil, des condiments traditionnels comme le guédj et même du tiep bou dien (boudienne) à emporter- est actuellement en rénovation.

Mais dans la rue, l’effervescence reste intacte. Des vendeurs à la sauvette proposent toujours des plats traditionnels, des étoffes en bazin riche (damassé et brillant) ou en wax (coton imprimé). Sans oublier, bien sûr, le maillot vert, jaune et rouge de l’Equipe du Sénégal de football. «Il est directement inspiré du drapeau national. Il incarne la fierté, l’énergie, la puissance collective et la passion d’un Peuple profondément attaché à sa sélection», explique Sankara, Dakarois d’origine installé à New York depuis vingt ans, dans des propos rapportés par Paris Match.

Ce mardi, les habitants du «Petit Sénégal» comptent s’unir par milliers pour soutenir la sélection des Lions de la Teranga. La semaine dernière, dans le New Jersey -camp de base de la sélection-, une petite centaine de supporters avaient déjà accueilli les Lions à leur hôtel. Une immense fierté pour Ansou, chauffeur Vtc qui n’aurait raté ça pour rien au monde : «Je vis à New York depuis 28 ans. Mardi, jour de match, je serai complètement off. Je vais avoir l’occasion de voir Sadio Mané, notre idole nationale, dans un stade !»

Comme ses amis, il pronostique une victoire facile du Sénégal. «On a la technique et les gris-gris pour faire déjouer les Bleus», ajoute-t-il dans un sourire.

Bien que le «Petit Sénégal», qui s’étire le long de la 116e rue, souffre parfois d’une réputation difficile en raison de quelques points de deal, c’est avant tout le cœur battant de la communauté de l’Afrique de l’Ouest qui s’y rassemble. Le quartier compte environ 6500 habitants originaires du Sénégal, mais aussi de Côte d’Ivoire, de Guinée, du Mali, de Gambie et du Burkina Faso, tous unis derrière le même rêve de victoire.