Face à l’émergence de nouveaux défis sanitaires et à la précarité des acteurs de première ligne, le ministère de la Santé et l’Union des associations d’élus locaux (Uael) se sont réunis à Mbour pour refondre la politique de santé communautaire. Au cœur des réformes : la création d’un statut juridique pour les agents, l’autonomie financière du secteur et la revalorisation des moyens transférés aux collectivités territoriales.
Par Alioune Badara CISS – Plus d’une décennie après son adoption en 2013, la Politique nationale de santé communautaire au Sénégal amorce un virage décisif. Conscient des limites d’un modèle reposant jusqu’ici sur le bénévolat et confronté aux mutations épidémiologiques actuelles, le Ministère de la santé et de l’hygiène publique (Mshp) a réuni les membres de l’Union des associations d’élus locaux (Uael) à Mbour. L’objectif : co-construire une feuille de route axée sur la professionnalisation des intervenants et la pérennisation des financements. La recrudescence des maladies non transmissibles (diabète, hypertension artérielle), l’émergence des problématiques de santé mentale, le vieillissement démographique et les impacts du changement climatique imposent en effet une transformation en profondeur des soins de santé primaires.
Professionnaliser le maillon essentiel de la santé de proximité
Au centre des discussions, figure le statut socio-professionnel des agents de santé communautaire.
Maillons essentiels du système de santé au plus près des populations, ces acteurs locaux évoluent encore trop souvent dans la précarité, sans garanties salariales ni perspectives de carrière. Pour Lucas Aminata Diop, Conseiller technique en charge de la prévention et de la promotion de la santé au Mshp, la valorisation des compétences humaines est une urgence : «Les limites de l’ancien système sont claires : nos acteurs de santé communautaire n’ont pas de statut juridique et pâtissent d’un manque de professionnalisation. Pour mettre en œuvre une politique efficace au plus bas de l’échelle, il faut le bon profil, une formation adaptée et des leviers de motivation solides. On ne peut plus laisser la santé communautaire reposer quasi exclusivement sur les bailleurs de fonds ; l’Etat doit être le premier financeur de sa propre santé.»
Cette refonte repose sur une démarche en quatre phases : une phase préparatoire, la prise de décision, le renforcement des capacités et le déploiement progressif de professionnels de santé communautaire qualifiés.
Moyens financiers et décentralisation : l’appel des collectivités
Si le ministère impulse la vision, la mise en œuvre opérationnelle repose largement sur les épaules des collectivités territoriales. En tant que présidents des comités de développement sanitaire et premiers interlocuteurs des citoyens, les maires rappellent toutefois que le transfert de compétences prévu par la décentralisation doit impérativement s’accompagner de moyens financiers équivalents.
Représentant l’Uael lors de cette rencontre, le Dr Abdoul Aziz Mbodj, maire de la commune de Ndiedieng, souligne l’écart entre les charges transférées et les réalités budgétaires : «Les communes sont déjà au cœur de la santé communautaire. Nous accompagnons les structures de santé au quotidien, dans la sensibilisation et la vaccination. Mais pour la grande majorité des communes rurales ou secondaires, les ressources propres et les fonds de dotation restent très insuffisants. Il faut d’abord un statut clair pour stabiliser ces agents, mais surtout que l’Etat rééquilibre les ressources transférées. On ne peut pas conduire une politique sanitaire efficace à la base en ne transférant que des difficultés.»
La création en cours de la Fonction publique locale est perçue par l’ensemble des maires présents comme un cadre idéal pour intégrer durablement ces agents, en leur offrant un recrutement formel, une grille salariale décente et un plan de carrière structuré.
Un cap fixé sur le Plan stratégique national 2025-2029
Organisée par la Direction générale de la santé (Dgs) à travers la Cellule des soins de santé primaires (Cssp) et le Groupe de travail technique (Gtt), cette journée d’échange pose les jalons d’une redevabilité mutuelle entre l’Etat central et les territoires.
La réforme ambitionne de ne laisser aucun territoire en marge en garantissant un accès équitable à des soins résilients. Alors que s’ouvre le Plan stratégique national 2025-2029, la réussite du déploiement reposera sur la capacité des deux parties à transformer ces orientations en engagements budgétaires concrets au service des populations.
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